A la fin de sa courte vie, Guillaume Dustan (1965-2005) était devenu l’homme à abattre. Séropositif, il militait en faveur des rapports sexuels non protégés, apparaissait paré de perruques sur des plateaux télé racoleurs, caricature devenue bête de foire. Seize ans plus tard, son œuvre résiste. Le temps a fait son œuvre: là où on ne pensait déceler que de la provocation narcissique masochiste affleure de la douceur.

Si on ne retenait du romancier que ses scènes de sexe crues et compulsives, on constate aujourd’hui combien il est question dans ses pages d’amour, de joie et de liberté. De plaisir. On le cantonnait à un «ghetto» gay (le quartier du Marais parisien), alors que son œuvre fait bouger les limites globales de la société en matière de couple, de famille, de jouissance, luttant contre la «castration généralisée» qui entrave tous les corps. Enfin, on découvre Guillaume Dustan vidéaste: treize films sont montrés pour la première fois en Suisse, au centre Fri Art, après avoir été restaurés et dévoilés au Centre Pompidou, à Paris, en 2019, puis à Marseille en 2020.