Essai. Günther Anders. George Grosz. Trad. de Catherine Wermester. Allia, 96 p.

Un petit fascicule mais un livre d'importance. Pour ses remises en lumière. A la fois de la figure étudiée, le peintre allemand George Grosz (1893-1959), de son regard sans complaisance jeté sur son époque. Mais aussi de l'auteur lui-même, Günther Anders (1902-1992), élève des philosophes Husserl et Heidegger, premier époux d'Hannah Arendt et opposant au régime nazi. Réanimateur aux Etats-Unis de l'Ecole de Francfort avec Adorno, Horkheimer et Marcuse, hostile à la logique de la Guerre froide, puis à celle du Vietnam. Le philosophe voit dans le peintre une personnalité qui, dans les soubresauts de son temps, maintient une exigence, une cohérence. La carrière de Grosz ayant connu deux périodes, les années 1920, puis l'exil aux Etats-Unis à partir de 1933, Günther Anders en défend l'unité contre ceux qui jugent édulcorées ses années américaines. Tout chez Grosz est traversé par le même désabusement. Et cette acuité a contribué à façonner l'époque. Une lucidité amère que le lecteur entend en écho dans les propres méditations de Günther Anders. Paru en 1961 à Zurich, ce texte est pour la première fois traduit en français.