Samedi, sous les assauts trance de Gus Gus, le Miles Davis Hall avait par instants l'allure d'un grand hangar à raves. Pleine comme un œuf, la salle montreusienne célébrait sa soirée électronique dans une débauche d'images vidéo et de montées techno extatiques. Après deux premiers concerts anecdotiques, et notamment la prestation linéaire et tristement cocktail jazz de Nightmares on Wax, le public se réveillait dès l'apparition de Jimi Tenor. Plus barge que jamais, donc dans une forme ahurissante, le Finlandais a déboulé sur scène affublé d'une très seyante cape en strass bleue, la tête recouverte d'une pièce montée en tulle rose. Après avoir rejoint son piano, sous l'œil de deux petites filles blondes, demoiselles de compagnie d'une nuit, le crooner décalé a aligné les ballades jazz acides. Clone improbable de Sun Ra, George Clinton et Barry White, Jimi Tenor a proposé un concert totalement free, dopé par des cuivres omniprésents. Moment inspiré parmi d'autres, une performance de scratch inédite entre un Jimi Tenor utilisant un ventilateur comme un disque et son DJ le pied droit sur la platine. Surréaliste et rafraîchissant.

Tout le contraire du concert de Gus Gus, qui semble ne pas avoir digéré son succès grandissant. Visiblement très inspiré par les compositions pop trance d'Underworld, le groupe islandais a proposé un concert bétonné, basé sur des montées techno efficaces et facilement assimilables. Emmené par deux chanteurs charismatiques, Daniel Agúst et Magnus Jonsson (Gus Gus a viré sa fragile chanteuse avant de partir en tournée), le groupe a décomposé chacun de ses morceaux, proposant des versions plus longues, plus trance, calibrées pour les pistes de danse.

Sous le martèlement vidéo de slogans peace and love, le show de Gus Gus virait parfois à la grand-messe évangélique. Un culte d'un nouveau genre, tonique et synthétique, mais dépourvu d'émotion et de folie.