Images

Gustave Roud, le paysan célébré

Le musée d'art de Pully expose les photographies de l'écrivain

Il se promenait toujours avec son appareil photographique, racontent les paysans du Jorat. Ceux-là même qu’il a tant fait poser. Gustave Roud était un écrivain, mais également un photographe. Une deuxième passion abordée dans le cadre de l’année Gustave Roud décidée par le Conseil d’État Vaudois; le musée d’art de Pully consacre une exposition aux images du poète.

«Les traces éparses du paradis» se veut un condensé de ses liens avec les arts visuels. A travers quelques toiles et photographies sont abordées ses amitiés avec des peintres tel Steven-Paul Robert, son activité de critique dans la presse ou l’illustration de ses écrits par Gérard de Palézieux. Mais ce sont ses clichés qui occupent la majeure partie des murs. «La Bibliothèque cantonale universitaire possède un fonds de 13000 photographies, des plaques de verre, des négatifs noir et blanc 6x6, des diapositives et même des autochromes, énumère Laurent Langer, conservateur. Gustave Roud a énormément produit, depuis l’âge de seize ans, en 1913 environ, jusqu’au milieu des années 1970.»

Si les techniques et les couleurs diffèrent au fil du temps, les thématiques abordées ne varient pas. Les paysages du Jorat d’abord, présentés ici au gré des saisons. Une série entière est consacrée aux cerisiers exhibant leurs fleurs devant des champs vallonnés. Les couleurs passées ajoutent à l’effet carte postale d’il y a quelques années. Puis ce sont des céréales graphiquement entassées ou un paysan labourant avec son cheval, une vision passéiste de la campagne alors en pleine modernisation. «Contrairement à Ramuz qui faisait l’apologie de la montagne, Roud s’est intéressé à la plaine et à ses occupants, moins grandiose mais plus apaisante. Cette controverse a fait l’objet d’un livre», note Laurent Langer.

Le corps sportif mis en avant

Figure centrale de cette ruralité idéalisée, le paysan, que Gustave Roud apprécie jeune et robuste. Ses modèles s’affichent torse nu, souvent en plein effort, les muscles saillant sous une fourche ou une lame. «A l’époque, il fallait faire de la pose, sourit un agriculteur retraité dans le documentaire qui accompagne l’exposition, ex-mannequin du Jorat. Une fois, il m’a pris à la faux, mais je ne savais pas faucher!» «Gustave Roud s’inscrit dans l’esthétique de son époque. Ce sont les années du fascisme, où le corps sportif est mis en avant et les références à l’Antiquité permanentes. Mais l’on sait aussi l’attrait intime du poète pour ces corps masculins dénudés et musclés», rappelle le conservateur du musée. Plusieurs figures sont récurrentes dans le travail photographique de l’artiste. Fernand Cherpillod ou André Ramseyer, jeunes paysans. Et surtout Olivier Cherpillod, oncle de Fernand, inspirateur du personnage d’Aimé, photographié cassant les noix en famille, abattant un arbre, fixant l’horizon de ses yeux clairs. Son portrait en autochrome, une sorte de chapka sur la tête, est sublime. Gustave Roud se révèle bien meilleur portraitiste que paysager.

Autre thème largement exploité par l’écrivain-photographe: les natures mortes. Table de travail, bouquets de fleurs et autres compositions végétales. Si la plupart de ces images paraissent là encore datées, quelques unes sortent du lot, telle cette fleur émergeant d’un fond noir. Techniques variées et en phase avec leur époque, multiplication des vues d’un même sujet, Gustave Roud semble avoir voulu expérimenter. L’oeuvre est conséquente, mais reste méconnue. «Ses photographies ont été peu mises en valeur parce qu’elles mettaient mal à l’aise Philippe Jacottet, longtemps garant des droit, et parce qu’elles étaient considérées comme une illustration de ses écrits, or il s’agit d’une œuvre parallèle, estime Laurent Langer. La photographie lui a permis d’être plus libre et de saisir des choses qu’il n’écrivait pas. Elle l’a ancré dans le réel.»

Gustave Roud: Les traces éparses du paradis, jusqu’au 13 décembre 2015 au Musée d’art de Pully.

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