Un été avec Gustave Roud (2/7)

Gustave Roud: «Une fournaise bleue et dorée»

Poète, photographe, marcheur, Gustave Roud (1897-1976) guettait le paradis dans les collines du Jorat. Le Centre des littératures en Suisse romande de l’Université de Lausanne prépare l’édition critique de ses œuvres complètes, à paraître dès 2021 aux Editions Zoé. En avant-goût, chaque semaine de l’été, quelques pages inédites ou oubliées

Avril 1939: l’Exposition universelle ouvre ses portes à New York, la guerre civile espagnole fait place à la dictature de Franco, une école technique supérieure est inaugurée à Bamako, la guerre sino-japonaise fait rage, le roi d’Irak meurt dans un accident de voiture, Hitler lance le Tirpitz, plus grand cuirassé d’Europe et plus grand navire de guerre de la Kriegsmarine, la Hongrie quitte la Société des Nations et le Conseil fédéral maintient la neutralité helvétique.

Le 17, un lundi, Gustave Roud est invité pour une causerie à Radio-Lausanne. La journaliste qui l’accueille, Simone Hauert, le présente en ces termes:
«Laissez-moi simplement vous dire que Gustave Roud n’a guère quitté son pays. Fixé dans le Jorat, il vit seul, avec une sœur, dans une ferme qu’un pan de tuiles orange défend contre le vent du Plateau. En automne, tandis que les chasseurs de bécasses et de champignons battent les bois de sapins, Roud visite son verger, cueille de ses fruits. Les nuits d’été, il marche sur les grandes routes lorsque le ciel est tout chargé d’étoiles. Et puis, rentré chez lui, il écrit. Est-ce là, Monsieur, bien imparfaitement évoqué, à peu près votre vie?»