Guy Bedos ou l'art d'éructer. devant ses spectacles d'homme en colère, son public de toujours rit avant même qu'il ne lance ses premières piques. Ses yeux brûlants, son sourire d'ange carnassier suffisent. Des spectateurs, plus jeunes, découvrent aujourd'hui le sexagénaire comme un antidote salvateur au conformisme ambiant. Guy Bedos revient en Suisse romande avec une pièce de théâtre écrite par son fils de 25 ans, Nicolas, qui avait déjà collaboré à son dernier one-man-show, une charge au vitriol contre les ténors de la gauche.

Samedi culturel: Avec «Sortie de scène», vous revenez au théâtre. Est-ce une nécessité pour vous?

Je viens du théâtre. J'ai été formé à l'Ecole de la Rue-Blanche à Paris. Mes parrains s'appelaient Pierre Brasseur, Michel Simon et François Périer. Ma première tournée, je l'ai faite en compagnie de Robert Hirsh, Jean Le Poulain et Jacques Charon pour la Comédie-Française. A cause de mon hétérosexualité militante, le trio m'avait baptisé «l'anormal»…

– Comment le show-biz vous a-t-il happé?

– J'en ai eu vite assez d'attendre que l'on m'appelle au téléphone. Je ne suis pas fait pour être un homme-objet. Les premiers textes que j'ai écrits pour mes numéros ont eu l'heur de plaire à des écrivains comme Boris Vian et Jacques Prévert. Puis Barbara m'a choisi pour ouvrir son récital. Avec de tels encouragements, vous ne pouvez que continuer… Jusqu'à devenir le «Monsieur Jourdain du stand-up» comme m'appelle Jamel Debbouze. Je sais depuis que stand-up comedian désigne les humoristes qui disent «je» sur scène.

– Vous dites «je», mais vous jouez tout de même un rôle non?

– L'Arlequin de Marivaux, que j'avais mis en scène à 17 ans, m'a servi de modèle. Mon personnage de one-man-show vient de lui. Ce côté candide mais féroce, tendre mais joueur…

– D'où vient la colère qui vous caractérise?

– De l'enfance. J'ai eu la chance d'être malheureux. Selon Boris Cyrulnik, je suis un résilient. J'ai construit ma vie contre ce que j'ai subi sans reproduire ce dont j'avais souffert. J'ai grandi à Alger, dans une famille aisée, pétainiste, raciste et antisémite. A 7 ans, je me suis élevé contre elle. A cet âge-là, une institutrice de campagne, sorte de José Bové au féminin et son mari, réfugié espagnol antifranquiste, m'avaient initié aux droits de l'homme. Et je vous prie de croire que les droits de l'homme dans ces années-là, en Algérie, c'était pas beau… J'ai passé ma vie à expier les horreurs du colonialisme. Il faut lire Exterminez toutes ces brutes de Sven Lindqvist. On y découvre que Hitler a eu de très bons professeurs…

– Qu'en est-il de votre engagement à gauche?

– Mon engagement n'est pas tant politique qu'en faveur de l'humain. Je m'engage à parler fort à la place de ceux qui n'ont pas la parole ou qui se feraient virer s'ils la prenaient. Il s'agit de réagir contre le décervelage organisé que véhicule l'empire politico-médiatique. Simone Signoret a été ma professeur d'agit-prop. Elle m'a appris a utilisé les talk-shows télévisés pour lancer des «j'accuse». Je ne m'arrête pas aux étiquettes. Seules comptent les bonnes volontés. Je suis plus à l'aise avec un Jean-Louis Borloo ou un Bernard Stasi qu'avec certaines personnalités de gauche.

Sortie de scène, L'Octogone, 41 av. de Lavaux. Pully. Sa 15 mai à 20h30, di 16 mai à 19h. Loc. 021/721 36 20 et billets en vente sur place une heure avant le début du spectacle.