Parmi les huit nouvelles expositions proposées par le Musée d'art moderne et contemporain de Genève (Mamco), il en est une – consacrée à Guy de Cointet – qu'il faut visiter à tout prix. Pour prendre la mesure de ce que l'art de la performance doit à cet artiste français, à sa théâtralisation du monde des objets, à sa manière d'envisager l'art comme une expérience tangible et directe. Et découvrir également sa fascination pour les manipulations élémentaires, appliquées aux conventions du langage, qui imposent Guy de Cointet comme un des maîtres de la poésie visuelle.

De Paris à Los Angeles, en passant par New York

Les circonstances veulent que le Cabinet des estampes de Genève consacre un accrochage aux travaux poétiques du sculpteur Carl Andre. Une coïncidence d'autant plus heureuse que l'art de l'écriture est un genre dont s'empare de plus en plus la génération des plus jeunes créateurs. En témoigne l'activité éditoriale mise sur pied par l'Ecole supérieure des beaux-arts de Genève, sous la responsabilité de Jean-Pierre Greff, son directeur.*

Mais – pour reprendre le sous-titre de l'exposition du Mamco –, Who's that Guy? (Qui est ce gus [ce Guy]?). Guy de Cointet est né en 1934 à Paris. Et après un an (en 1961) de guerre en Algérie, se met de retour en France à tâter de la publicité et commence à tripatouiller textes et images par le biais de collages. Puis il part à New York où il devient l'assistant de Larry Bell, sculpteur minimaliste qui travaille sur les structures et les lumières en utilisant le verre. Une œuvre de ce dernier est visible au 3e étage du Mamco, espace 13 (loft Don Judd).

Echanges basiques

C'est un bel exemple des manipulations de sensations auxquelles Guy de Cointet va se prêter avec les mots et les sons, avec les formes et les couleurs. Installé à Los Angeles en 1973, où il décède dix ans plus tard d'une hépatite, Guy de Cointet imagine alors des mises en scène mettant en mouvement les désarticulations qu'il prône, pour mieux réinstaurer une communication basique, comme la véhiculent, à l'heure actuelle, les SMS d'un téléphone portable à un autre.

La rétrospective – la première de cette ampleur en Europe – réunit ses premiers tableaux-reliefs, la reconstitution très colorée des décors originaux de cinq mises en scène, des peintures et dessins aux écritures cryptées, dont de très belles graphies pseudo-orientales écrites comme inversées dans un miroir, des vidéos d'interaction entre objets, comédiens et public, ainsi que des documents écrits et photographiques. Où l'on voit par exemple Fabrice Lucchini et Sabine Haudepin manipuler les gros bouquins et volumes géométriques De toutes les couleurs, une pièce jouée à Paris en 1982 au Théâtre du Petit Rond-Point. La commissaire de l'exposition, l'historienne de l'art française Marie de Brugerolle, commente l'œuvre, ce mardi soir à 18 h 30.

Guy de Cointet. «Who's that Guy?». Mamco (rue des Vieux-Grenadiers 10, Genève, tél. 022/320 61 22, http://www.mamco.ch). Ma-ve 12-18 h, sa-di 11-18 h. Jusqu'au 16 janvier.

Commentaire de Marie de Brugerolle, mardi 2 nov. à 18 h 30.

*Les trois premiers ouvrages de la collection Courts lettrages (Ed. Héros-Limite) seront présentés le 11 nov. dès 18 h à la Nouvelle librairie

Descombes (rue du Vieux-Collège, Genève).