La douce nostalgie de Guy Goffette s’épanouit dans les pages de Pain perdu. On n’en attendait pas moins du poète qui se fit connaître notamment par un recueil intitulé Eloge pour une cuisine de province, paru en 1988, et qui a toujours aimé les cuisines et les tâches simples du quotidien. Tout se revisite, se réutilise, c’est le principe merveilleux du pain perdu, ce dessert de tranches de pain sec auxquelles on offre une seconde chance. Prenez la ruine, les regrets, ajouter du lait, du sucre, des œufs, et hop!, faites frire dans une poêle. «C’est la même chose encore avec le pain des couples/qui s’émiette, et les accrocs du silence qu’on recoud/larme après larme et pas à pas.»

Comme des gouttes d’eau

Le temps perdu, rassis, de nos vies, peut servir à préparer de nouveaux délices si on sait y faire. Et Goffette est un maître; il parvient à toucher, l’air de rien, de grandes profondeurs en nous. C’est par le raffinement qu’il atteint à la simplicité; la complexité de son écriture musicale, inspirée notamment par Verlaine, sait se faire oublier et paraît limpide. Alors on marche dans ses traces, dans ses chemins de traverse, pour: «ouvrir la porte de l’aube/et suivre l’ivresse de son chien».

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Le poème Le Trajet touche aux larmes, racontant nos vies comme des gouttes d’eau chutant sur les feuilles d’un arbre. Plus loin, Goffette compose un texte dont la forme typographique évoque un arbre sur la page ‒ le lecteur grimpe dans ses branches pour mieux regarder la profondeur du monde.

«La nappe des jours»

Pas de naïveté, mais de la gravité légère, parce que vivre, c’est parfois se retrouver «à l’aube seul et dépouillé de tout/dans la ruelle sans nom d’une ville qui n’existe pas». A la suite du poète, nous ramassons les miettes sur «la nappe des jours», talonnés par la mort comme une ombre derrière notre épaule. Et même si tout est amené à disparaître, sous la plume, le miracle a lieu: «L’éternité existe/entre deux mots vertigineux». La poésie de Goffette est faite de ce tremblé; elle fait vibrer en nous l’enfance, les émotions, la peur de la fin et des recommencements. L’art du peu est de tous le plus puissant.


Pain perdu, par Guy Goffette. Poésie, Gallimard, 145 p.