L’effet de hasard ne manque pas d’étonner. Fin janvier, Canal+ a lancé une série maison plutôt originale, Guyane. Créée par le bédéaste Fabien Nury, elle conte les aventures d’une jeune géologue en formation, chassé de France métropolitaine par punition, envoyé en enfer, c’est à dire dans le département d’outre mer. Il doit apprendre à survivre dans ce milieu moite d’orpailleurs clandestins, de brigands et de manipulateurs, à la fois dans la jungle et au coeur de la capitale, Cayenne. La série est parue en DVD (Studio Canal).

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Un soulèvement inédit

Et voici que la Guyane, la vraie, s’embrase à nouveau, cette fois de manière bien plus massive que les derniers soulèvements. 15 000 personnes dans les rues des deux principales villes cette semaine, ce fut du jamais vu, foi de préfet.

Si elle a réussi à rester sourde aux gémissements jusqu’ici, la métropole découvre un taux de chômage invraisemblable, des prix exorbitant, une économie désespérément dépendante de la commande publique. A l’autre bout de l’Océan Atlantique, le fleuron Ariane s'envole en surplombant la misère la plus poussiéreuse.

L'enfer de l'abandon

Bien sûr, la fiction de Fabien Nury n’a pas pour objet direct la situation réelle, précise, de «l’île» selon la géographique macronesque. Elle l’aborde pourtant en toile de fond, au long de ces pistes mal entretenues, bordés de quasi-bidonvilles. Le thriller repose sur les malfrats, mais ceux-ci, fût-ce comme allégorie, expriment une réalité du délitement social.

L’enfer des tropiques n’est pas infernal par la seule gueule patibulaire de ses chercheurs d’or, il l’est aussi par l’éloignement, même l’abandon. «Guyane», la série, n’a rien anticipé ni auguré: mais elle fournit l’exacte démonstration du croisement entre un projet de fiction et un air du temps. Ces élans ont pour effet de mettre le projecteur sur la Guyane, la martyre de là-bas.


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