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«Guyane», retour dans la moiteur de la forêt

Canal + dévoile la deuxième saison de son originale série tropicale. Le redémarrage est poussif, mais le feuilleton garde son exotisme. Attention, cet article contient des informations sur la saison 1

La première saison de Guyane se concluait par une piste claire pour une deuxième livraison – et un appel du pied aux bailleurs de fonds. Le périple de Vincent (Mathieu Spinosi), jeune géologue chassé de l’Ecole des Mines et envoyé au bagne, c’est-à-dire en Guyane, prenait une nouvelle direction.

A propos de la première saison: «Guyane», la série de Canal + qui raconte l’enfer des orpailleurs

Pendant les huit épisodes de la saison, il avait fait équipe avec le rude Antoine (Olivier Rabourdin), baron de l’or dans un village aux avant-postes des régions aurifères de la forêt équatoriale. Toujours en tension, le tandem avait monté une affaire de jus de fruit pour permettre l’écoulement de l’or trouvé sur un site par un chercheur ensuite assassiné par le bras droit d’Antoine. A la fin, celui-ci fermait le site, et Vincent devait repartir en métropole. Sauf qu’il revenait. Ultimes plans en fondus au noir, pour dramatiser le ton, sur les arbres touffus et le secret qu’ils cachent: «Sarah Bernhardt», la mine d’or mythique des fondateurs de l’avant-poste, dont la réalité avait fini par être niée par les travailleurs.

La bande-annonce de la saison 1:

Approfondir «Sarah Bernhardt»

En début de deuxième volet, il doit donc être question de «Sarah Bernhardt», l’installation de la fin du XIXe siècle, aux temps héroïques, ou crapuleux, de la terre française d’Amérique du Sud. Mais à présent, Antoine se sent vieux. Fatigué, désireux de sauver sa relation houleuse avec sa fille, il refuse de se lancer dans la nouvelle exploitation, à laquelle rêve Vincent. Une première transaction avec les terribles Brésiliennes – mère et fille – qui tiennent l’accès au marché du Sud tourne mal. Vincent se rapproche du géant minier local pour lui proposer «Sarah Bernhardt», sous la forme d’une exploitation illégale.

Un début fastidieux

La deuxième saison de Guyane commence de manière un peu poussive. Le doute qui grandit dans l’esprit du personnage principal contamine le propos. Même si la série repose, depuis ses premières minutes, sur le destin de Vincent, c’est bien Antoine qui est au cœur de cette histoire, et c’est Olivier Rabourdin qui la porte. Son relatif affaissement a un effet général. Même si la fin de la première saison articulait clairement le programme des épisodes à venir, il faut relancer la machine, dans la moiteur ambiante.

Sur le plan interne, le créateur Fabien Nury n’est plus dans l’embarcation, le gouvernail est désormais tenu par les scénaristes Pierre Leccia et Didier Lacoste. Ils empoignent le lourd dispositif de Guyane comme ils peuvent, mais la transition, en la voyant ainsi à l’écran, paraît sans conteste difficile. Un nouveau défi se pose. La mine historique découverte dans les creux de la forêt doit porter une autre intrigue, qui ne répète pas les cahots du premier volet.

Le paradoxe de «Guyane»

Reste que Guyane possède un actif aussi valorisable qu’intangible: son décor. C’est tout le paradoxe de cette série: elle enfonce la Guyane, déjà souffrante comme l’ont montré les mouvements sociaux de l’année passée, en la ramenant aux clichés de l’orpaillage; dans le même temps, elle fait de cette terre lointaine un cadre unique, un nouveau western moderne, un espace de révélation, dans l’aveuglante lumière équatoriale, des travers humains. Avec les sites clandestins de fouilles, d’exploration des eaux aurifères et d’extraction, les bandes criminelles qui défilent entre deux troncs, les guerres de territoires comparables à celles des villes, la forêt est tout sauf vierge. Elle exprime les drames qu’elle héberge.

A ce propos: La Guyane martyre, en série TV et pour de vrai

Les perpétuels cheminements au long du fleuve, entre deux berges aux branches ployées comme de tragiques dos d’arbres, rythment la fiction en ensorcelant le spectateur. La situation s’aggrave même, puisque les auteurs étendent la sombre géopolitique du feuilleton, en ajoutant le Suriname comme terre de trafics douteux et de business cruel. Les bras de la rivière brunâtre s’allongent et, avec eux, les possibilités de fuite ou d’écoulement de tous les produits surveillés voire interdits. Mais aussi, les périls pour les hommes de la quête de ces richesses.


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