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Concert

Hackedepicciotto, une explosion de sons pour les exclus

Musique industrielle, modes orientaux, structures anciennes: le duo, invité à Lausanne par le festival Impetus, veut rassembler le genre humain entre les confluences sonores

«Mené, Mené, Teqel, et Parsin.» Si l’on en croit le Livre de Daniel, quand Balthazar le Chaldéen aperçut une main écrivant ces quatre mots sur le mur de son palais, il ne se douta pas tout de suite qu’il allait être assassiné la nuit suivante, ni que Darius le Mède allait hériter de son royaume. Dans la tradition biblique, cette suite de quatre mots vaut pour tout présage de destin douloureux.

Menetekel, c’est le titre que le duo Hackedepicciotto a choisi de donner à son dernier album, publié chez Potomak fin 2017. De ce tandem difficilement prononçable (et uni à la ville et à la scène, comme on dit dans la presse du cœur), on rappellera qu’il est constitué de deux personnalités magistrales: Alexander Hacke – guitariste, puis bassiste chez Einstürzende Neubauten, les maîtres de la musique industrielle allemande – et Danielle de Picciotto – réalisatrice et musicienne, qui à ce titre a pu tout autant collaborer avec Nick Cave que participer, avec Dr. Motte, au lancement de la première Love Parade berlinoise, en 1989.

De ce disque, on dira tout d’abord qu’il est un formidable inventaire de possibilités musicales: si l’influence du groupe originel de Hacke y est décelable au premier coup d’oreille, Menetekel la mêle à tout un ensemble d’autres idées, aux espaces du drone – l’esprit de Sunn O))) est ici présent –, aux modes et usages orientaux, aux structures anciennes des transes cadencées, voire à quelques éruptions posées à la limite du krautrock (écoutez par exemple la ligne de basse bombée de Nosce te ipsum, un des hauts lieux de l’album).

De ce Menetekel, il faut bien entendu retenir aussi le titre, inquiétant. De l’aveu de Hacke et de Picciotto, le présage que le disque met en scène, auquel il donne une expression musicale et littéraire, est celui du risque d’une fragmentation de ce qui fait l’humain sous les coups de son propre égoïsme. Ingénuité plongée dans le sirop? La tonalité de morceaux comme Pilgrim ou The Long Way Home, dont les hypotextes pointent de manière assez plane vers les désastres migratoires, incitent plutôt à les entendre comme des révélateurs d’angoisses.

Ou peut-être également comme la mise en évidence d’un choix de vie et d’une forme d’espoir, ainsi que l’explique une Danielle de Picciotto attrapée au bout de son e-mail: «Cela fait maintenant huit ans qu’Alexander et moi avons vendu la majorité de nos biens pour vivre une vie de nomades. Nous avons pu prendre un peu de hauteur sur le monde, nous fondre dans beaucoup de cultures, et observer la tourmente qui s’étend chaque jour un peu plus sur la planète. Dans ce sens, oui, Menetekel peut et doit être compris comme une forme d’avertissement, comme un appel à reconnaître les forces destructrices que nous avons libérées. Il est peut-être encore temps de se réveiller.»


Hackedepicciotto. Le Bourg, rue de Bourg 51, Lausanne. Je 26 à 20h30. Dans le cadre du festival Impetus. Rens. www.impetusfestival.com

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