Festival

La Hadra Dance? Une quête plus qu’une chorégraphie

Ce week-end, la Suisse fait la fête à la danse. L’occasion de tester l’un des six cents cours proposés aux particuliers. Et de vivre une expérience proche de la transe

Six cents. C’est le nombre vertigineux de cours proposés au public jusqu’à dimanche, dans le cadre de la douzième Fête de la danse, qui se déroule depuis mercredi dans 29 villes du pays. Pour 15 francs, forfait symbolique, on peut courir les rendez-vous traditionnels de tango, salsa, rock ou cha-cha-cha. Mais on peut aussi explorer des disciplines plus atypiques comme le Tribal fantastique, le West Coast Swing ou le Bharata Nâtyan. Parmi ces curiosités, la Hadra Dance, que j’ai testée samedi dernier, à Genève. Une transe soufie qui m’a soufflée. Mon estomac ne m’a pas dit merci, mais mon esprit, oui. Récit d’une après-midi astrale.

Quitter son corps

Tourner sur soi pour quitter son corps physique et se connecter au divin. Entrer en transe, s’abandonner, faire confiance. Pratiquée notamment par les derviches tourneurs en Turquie, la Hadra est une expérience. Que délivre avec beaucoup de douceur, mais aussi une vraie fermeté, Ahlam Tsouli, danseuse marocaine qui est arrivée à Genève en 1986 et a ouvert Diafa, une école de danse, théâtre et yoga, en 2002. Quand on n’en peut plus, quand on est à bout, Ahlam est là, derrière nous, pour nous soutenir avec ses consignes apaisantes et un grand tambourin, un def, sur lequel elle frappe les rythmes répétitifs qui mènent la danse.

Spirales et balancements

En fait de danse, la Hadra n’est pas technique. Il ne s’agit pas d’une série de pas qu’il faut intégrer pour composer une chorégraphie. Dans le rite Aïssawa au Maghreb, la Hadra est la quatrième partie d’une cérémonie religieuse qui dure toute une nuit. Le rituel commence par une procession, se poursuit par des poèmes avant d’enchaîner avec des invocations aux esprits. La Hadra intervient au bout de cette traversée et relève de la prière en mouvement. Les spirales sur soi-même, les balancements d’avant en arrière ou les secousses de haut en bas, tout cela soutenu par une respiration sonore, visent à entrer dans une transe à travers laquelle le divin manifeste sa présence. En arabe, Hadra signifie d’ailleurs «présence».

Attention, nausée!

Encore faut-il lâcher. C’est là que, pour une Occidentale bien cérébrale, les choses peuvent se corser. Samedi dernier, sans doute aussi parce que j’étais en mission de travail, ma connexion n’a pas été, disons, optimale. Tourner sur moi-même m’a provoqué une terrible nausée. Cela dit, même les praticiens les plus chevronnés connaissent parfois cet état. Ils adoptent alors la pose dite «de l’enfant» pour se remettre les tripes à l’endroit. On s’agenouille, le corps écrasé sur les cuisses, la tête au sol, les bras le long du torse, paumes face au plafond. Et on respire profondément. C’est vrai, ça calme l’estomac.

Délivrance et sérénité

Samedi, nous étions huit femmes, des jeunes et des plus âgées, à nous lancer dans cette prière en mouvement. La plupart avaient déjà pratiqué la Hadra et venaient chercher ce qu’elles avaient déjà éprouvé: un intense sentiment de bonheur. Car, oui, une fois qu’on a dépassé le malaise vagal, la transe procure, paraît-il, cette sensation de délivrance. Ahlam vient elle-même d’une famille d’Aïssawa, une confrérie célèbre dans le monde arabe pour sa médiation entre le profane et le religieux à travers la musique, les chants et la transe. En tant que femme, Ahlam ne peut pas officier publiquement, mais elle a intégré les clés du culte depuis ses jeunes années. Lorsqu’elle tourne sur elle-même, ce samedi, dans sa jupe blanche et brodée, elle dégage une grande sérénité.

Rôle de la respiration

L’initiation se déroule par étapes. D’abord, l’échauffement, assises en tailleur. La voix d’Ahlam nous guide dans une détente détaillée des parties du corps. Ensuite, la danseuse lance la musique soufie, des percussions et des voix, et nous propose de marcher dans la salle en accomplissant de grands cercles vers la gauche et en respirant profondément. L’idée, c’est de quitter son corps physique en réduisant le cercle jusqu’à faire des tours sur soi-même et en accélérant la cadence. Comme appui à cette transition, on ouvre le bras droit en corbeille au-dessus de la tête pour se brancher sur le divin et on tend le bras gauche vers le sol, main vers le plancher, pour se débarrasser de son enveloppe terrestre. On peut aussi placer sa main droite sur son cœur et la main gauche dans son dos. Le tout est de sentir que l’on passe dans une autre dimension. Ce que je n’ai pas vraiment ressenti, donc, car mon estomac s’est rebellé avant cette libération… Mais regarder les autres participantes tourner, tourner dans leurs jupes blanches ou colorées m’a subjuguée.

Hadra des Balkans

La seconde partie, celle des balancements et des secousses, est plus facile d’accès. Toujours dans nos jupes blanches ou colorées, mais cette fois placées en ligne, nous avons accompli un enchaînement de balancements du torse vers l’avant, mouvements très cardio, et de secousses de bas en haut. Ahlam nous soutenait de la voix, car il faut aller chercher loin dans l’engagement. Mais, là aussi, le physique doit céder le pas au spirituel. Enfin, Ahlam nous a montré une troisième figure. Celle de la danse en cercle, beaucoup pratiquée dans les Balkans. On se tient toutes par les épaules et on tourne vers la droite, de plus en plus vite, en prenant soin de fixer le regard de quelqu’un, sinon c’est le tournis. Là aussi, mon estomac s’est finalement rebellé. Mais après un long moment de communion qui m’a d’abord galvanisée.

C’est sans doute ça, l’initiation à la Hadra. Apprendre avec ses limites, depuis ses limites. Et accepter que la lucidité de l’âme passe parfois par un corps qui résiste.


Stage de Hadra, samedi 6 mai, 14h, Alhambra, Genève. Venir le ventre vide!


Fête de la danse, les rendez-vous

La météo annonce un week-end maussade? Tant pis! De Genève à Neuchâtel, de Lausanne à Fribourg, on dansera sous la pluie. Ou dans un hall de gare. Cours, démos, expos, visites guidées et bals populaires, le programme foisonne. Quelques repères.

Genève. Cornavin danse. De vendredi à dimanche, le hall central de la gare genevoise se transforme en vaste plateau. Samedi, démos toute la journée. Dimanche, bal populaire, de 12h à 14h. Un bal de midi, un bal qui réjouit.

Lausanne. Extra-Burlesque. Samedi, de 23h à 4h, la place de l’Europe vire au cabaret burlesque. Looks vintage et croustillants conseillés.

Fribourg. Slow à la cathédrale. C’est la proposition la plus sentimentale. Vendredi et samedi, les amoureux pourront danser leur slow préféré sur le toit de la cathédrale en toute intimité.

Fribourg. Tribute to The Jackson’s. Vendredi, dès 22h à Fri-Son, les répliques, sosies, fans, groupies du grand Michael écumeront le répertoire du roi de la pop.

Neuchâtel. Bal au port. Qu’il vente ou qu’il pleuve, les valeureux se retrouveront dimanche dès 15h au port de la ville pour un bal populaire. Chauffe, Léon!

Genève. Kesaj Tchavé. C’est le grand invité 2017. Des danses et chants tziganes qui déménagent et sillonnent la ville jusqu’à dimanche. Ce collectif de 35 ados sera vendredi à l’apéro-danse de l’ADC, aux Eaux-Vives. Samedi soir à l’Alhambra et dimanche à 17h sur la plaine de Plainpalais, pour le bal de clôture. Endiablé.

Fête de la danse. Jusqu’au dimanche 7 mai. Dans 29 villes de Suisse.

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