Genre: urbanisme
Qui ? Joëlle Salomon Cavin et Bernard Marchand
Titre: Antiurbain
Origines et conséquences de l’urbaphobie
Chez qui ? Presses polytechniques et universitaires romandes, collection Espace en société, 344 pages

Quoi de plus répandu que la haine des villes, polluées et polluantes, inhumaines et corruptrices, réputées malsaines en tous points, par opposition aux bienfaits du monde campagnard et naturel? A cette attitude répond, tout aussi convenue, la mode actuelle de l’urbain, portée comme un étendard. Ces conformismes se réfléchissent plutôt qu’ils ne s’opposent. Cependant, l’urbaphobie, bien enracinée dans les mentalités, possède une histoire ancienne, peu étudiée, qui méritait d’être analysée. Cerisy y a consacré l’un de ses colloques; un livre collectif en est issu, «Antiurbain», publié sous la direction de Bernard Marchand, professeur aux Universités de Paris, et de Joëlle Salomon Cavin, géographe-urbaniste, chercheuse à l’Université de Lausanne et auteur d’une thèse sur La ville, mal-aimée (PPUR).

L’ouvrage, qui réunit des spécialistes français et suisses, dresse un vaste panorama dans l’espace et dans le temps. Le philosophe de l’urbanisme Thierry Paquot rappelle en préface la méfiance dans laquelle les religions du Livre – mais non l’islam – ont tenu les cités et combien le christianisme en est resté imprégné. En revanche, les syncrétismes contemporains et autres télé-évangélismes trouvent en milieu urbain un terreau favorable. Les différents auteurs traquent le phénomène dans ses manifestations urbanistiques en Allemagne, en Amérique, au Japon; à travers les idéologies, dans l’histoire, les arts, la littérature. Sur Jean-Jacques Rousseau considéré comme un père fondateur du rejet des villes, on découvrira une vision plus nuancée.

Parmi les contributions, on retient celle de Joëlle Salomon Cavin et de Bernard Woeffray sur «l’épouvantail urbain» et la manière dont il a infléchi l’aménagement du territoire en Suisse. «Dans son rapport à l’urbain, la politique fédérale sera globalement dominée par une optique défensive qui contribue à faire de la ville un mal dont il faut limiter les débordements… Il ne faut pas aménager la ville mais la circonscrire.» Tel fut et reste l’esprit dominant. Mais, estiment les auteurs, le tournant est pris, un mouvement inverse s’est tout récemment engagé, dont la politique de la Confédération en matière d’agglomérations ainsi que la brusque floraison d’ouvrages sur les villes constituent de nettes manifestations.

L’urbaphobie possède une histoire ancienne, qui méritait d’être analysée