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Un ancien entrepôt sert de socle à la Philharmonie, dont la façade en verre-miroir réfléchit le paysage.
© Dirk Eisermann/laif

Avènement

A Hambourg, une Philharmonie de tous les superlatifs

Dix ans de travaux, un budget dix fois supérieur à ce qui était initialement prévu 
et un bâtiment à couper 
le souffle… Le chantier de 
la Philharmonie de l’Elbe, réalisée par le cabinet suisse Herzog & de Meuron, 
vient d’être remis 
à la Ville. L’inauguration 
est prévue en janvier

C’est le chantier des superlatifs. Et l’histoire d’une de ces catastrophes du bâtiment que collectionne l’Allemagne, mais se terminant cette fois par un happy end. Le chantier de la Philharmonie de l’Elbe – un bâtiment à couper le souffle conçu par les architectes bâlois Herzog & de Meuron – a été remis à la Ville de Hambourg début novembre. La salle de concerts sera inaugurée en grande pompe le 11 janvier avec l’orchestre en résidence, le NDR Elbphilharmonie, sous la direction de Thomas Hengelbrock. Le programme de la soirée est pour l’heure soigneusement tenu secret.

A Hambourg, l’euphorie est palpable, les critiques enthousiastes, voire dithyrambiques. Une structure de verre et d’acier aux allures de voilier flotte au-dessus du cube de briques d’un ancien entrepôt de café et de cacao transformé en support harmonieux, au-dessus de l’Elbe. Le bâtiment, semblant avancer à contre-courant à la rencontre du cœur historique de Hambourg, est à la fois majestueux et d’une incroyable élégance. Derrière les façades se cachent deux salles de concerts, un hôtel, café et restaurant, 45 appartements de grand luxe et un impressionnant parking en colimaçon.

Engouement considérable

Du bâtiment, la vue est à couper le souffle: vers l’ouest, tous les clochers de Hambourg se détachent sur fond de ciel gris-bleu; vers l’est, sur l’autre rive de l’Elbe, les grues du port commercial s’alignent sur des kilomètres. Par beau temps, la vue porte jusqu’à l’estuaire du fleuve, distant de 160 kilomètres.

L’engouement pour ce nouveau symbole de la ville est considérable: l’ouverture en juin du site de vente en ligne des places de concert avait mené à son effondrement et tous les billets pour la saison 2016-2017 sont vendus de longue date. L’attrait est tel qu’il a fallu instaurer un système de tickets d’entrée – à tarif très modéré – pour accéder au plaza, le terre-plein en plein air, et théoriquement en accès libre, qui surplombe l’entrepôt de briques. Cette rotonde à 37 mètres d’altitude abrite l’entrée principale et dessert salles de concerts, hôtel et restaurant. On y accède par le «tube», un escalator-tunnel convexe, un modèle unique au monde qui a coûté à lui seul trois millions d’euros de plus qu’un modèle ordinaire.

Dix ans de travaux et un budget de 789 millions

Ce n’est pas la seule extravagance financière du lieu: sol en briques cuites à l’ancienne dans un four à charbon pour le sol du plaza, chêne de France façonné par l’un des meilleurs ateliers d’Allemagne pour les murs de la salle réservée à la musique de chambre, verre à relief des façades, constellé de pixels argentés que les paquebots verront de loin même sous le brouillard, acoustique sur mesure signée du grand spécialiste japonais Yasuhisa Toyota, orgue fondu dans le décor de la salle, sur trois étages… La presse populaire avait même dénoncé le coût exorbitant du modèle de brosses prévu pour les toilettes de l’édifice (près de 300 euros l’unité), finalement remplacé par un modèle plus basique.

Au final, ce chantier des superlatifs aura coûté 789 millions d’euros à la Ville de Hambourg, au lieu des 77 millions initialement prévus en 2007, lorsque a été posée la première pierre d’un chantier dont l’inauguration était alors prévue pour… 2010! Au lieu de trois ans, il aura finalement fallu dix ans pour mener à terme ce chantier ponctué de pannes et de scandales, dont même les architectes avouent aujourd’hui qu’ils ont bien cru ne jamais l’achever.

La tâche était il est vrai pharaonique: poser un bâtiment de 200 000 tonnes, exposé à tous les vents, aux risques d’inondation et de collusion avec un paquebot géant, sur un entrepôt de briques édifié en 1870, et reposant lui-même sur des pilotis. Et réaliser une salle de concerts à l’acoustique parfaite. «La salle de concerts flotte dans le bâtiment, explique Jan-Christoph Lindert, du bureau Herzog & de Meuron. Il fallait à la fois s’assurer qu’on n’entendrait ni les vibrations provoquées par les hélices des paquebots géants passant à proximité, ni les sirènes des bateaux sur le fleuve, mais aussi que les clients de l’hôtel ne soient pas importunés par la musique.»

Le chef de projet du chantier – veste grise, barbe de trois jours et bonnet vissé sur la tête – mène la visite parmi les rangées de sièges tournant en colimaçon autour de l’estrade réservée à l’orchestre, sous l’immense champignon inversé assurant l’éclairage et l’essentiel de l’acoustique de la salle. «Beauté, luxe, calme et volupté», les vers de Baudelaire semblent écrits pour les lieux. Le 6 septembre, à l’issue d’une répétition de l’orchestre NDR Elbphilharmonie dans ses nouveaux locaux, musiciens, architectes et ouvriers étaient si émus que beaucoup sont sortis de la salle les larmes aux yeux.

Le calme après la polémique

Après des années de polémique autour du coût du projet et des pannes d’un chantier qui avait débuté avant même la fin de sa planification se dessine donc un épilogue aux allures de happy end. «Je suis heureux de voir que les habitants de Hambourg s’approprient ce bâtiment qui semble remplir toutes les conditions pour faire partie de l’ADN de la ville», se félicite Jacques Herzog, concédant que ces pannes ont un temps constitué «une menace» pour son cabinet.

Place maintenant à la musique, avec de nouveaux défis. Il ne suffira pas pour faire vivre le bâtiment d’offrir à la musique une belle coquille architecturale. Il faudra offrir sur le long terme un contenu musical à même de séduire le public. L’intendant de la Philharmonie a là des projets ambitieux. Deux cents concerts sont prévus au premier semestre 2017. «C’est un programme d’une densité et d’une qualité que vous ne verrez nulle part ailleurs», assure l’intendant Christoph Lieben-Seutter.

Trois semaines de festival

A l’inauguration succéderont trois semaines de festival, avec notamment le Chicago Symphony Orchestra et le Philharmonique de Vienne. En mai-juin suivront le Philharmonique de Berlin et l’orchestre Stadtskapelle, lui aussi de Berlin, dirigé par Daniel Barenboim. Puis le festival Salam Syria tentera de faire connaître des musiciens syriens, tandis que l’orchestre britannique Ukulele réinterprétera des classiques du rock ou du punk avec ses guitares «bonsaï».

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