Elle a trouvé les mots, plus encore la façon de les tresser ensemble. En ouvrant Les Vies de Maria, de Hanna Krall, qui vient de paraître chez Noir sur Blanc, c’est ce que l’on se dit, très vite, devant la façon dont l’autrice polonaise fait entendre sa voix. Celle de la petite fille qu’elle a été, en Pologne, pendant la Deuxième Guerre mondiale, et qui a perdu une grande partie de sa famille dans les camps d’extermination nazis. Celle aussi de la journaliste qu’elle est devenue ensuite.

Hanna Krall a construit une œuvre immense et capitale, traduite en une quinzaine de langues. En français, c’est Margot Carlier sa passeuse, à l’intonation près. Car il faut de l’oreille pour rendre si justement cette langue qui se présente avec des habits de tous les jours, ceux que l’on met à la maison, quand on sait que l’on ne va pas sortir. Pas d’apprêts, pas d’effets. Prête à mâcher le goût des jours, à regarder vibrer les souvenirs, à écouter et transmettre les histoires, celle des autres d’abord et la sienne aussi, en pointillé.