Hannah Arendt – Martin Heidegger

Lettres et autres documents, 1925-1975

Trad. de Pascal David

Gallimard, 398 p.

C'est sa biographe la plus sérieuse, Elisabeth Young-Bruehl, qui avait vendu la mèche dès 1982: il existait une correspondance entre Hannah Arendt et Martin Heidegger attestant que la jeune universitaire juive allemande – la future éminente théoricienne du totalitarisme, comme de la «condition de l'homme moderne» – fut non seulement la disciple du philosophe allemand, mais encore, dès 1924, sa maîtresse. Ce n'était certes pas là une information philosophiquement décisive, mais il fallait la mettre au dossier complexe des rapports postérieurs de Heidegger au nazisme et à l'antisémitisme. Ces lettres d'amour étaient alors

«inaccessibles». Depuis 1982 toutefois, les ayants droit ont changé d'avis, jugeant qu'il valait mieux publier les pièces du dossier (assez lacunaire, peu de lettres d'Arendt ayant été conservées) que de laisser courir des informations partielles. Nous sommes ainsi pour la première fois invités (?) dans l'intimité du trio heideggérien; une entreprise biographique qui, malgré quelques fulgurances ici et là, nourrit plus une curiosité de voyeur que le véritable appétit de réflexion.