Trois minutes de dessin animé recontextualisent le personnage, apparu en 1992 dans le monde de Batman et adulé par de nombreux fans: Harleen Quinzel a eu une enfance difficile mais s’en est bien sortie. Elle a fait des études de médecine. Spécialisée en psychiatrie, elle a soigné le plus fameux patient de l’asile d’Arkham: le Joker! Transfert, contre-transfert, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Dans un costume d’Arlequin et sous le nom de Harley Quinn, elle s’est imposée comme agent féminin du chaos.

Excellent criminel, le Joker est un piètre époux. Il a jeté Harley comme une malpropre et celle-ci part en vrille. Shots de tequila et doigts d’honneur en rafales, elle fait du grabuge dans la boîte de nuit du redoutable Roman Sionis, alias Le Masque (Ewan McGregor). Elle vomit dans un sac à main, brise les jambes d’un client et, en guise de feu d’artifice, fait exploser un réservoir de l’usine chimique. Ce sont ses derniers jours d’insouciance. Car dès que le milieu saura qu’elle ne bénéficie plus de la protection du Joker, tous les truands qu’elle a insultés, tabassés et ridiculisés voudront lui faire la peau.

Féminisme explosif

Par chance, la solidarité féminine l’emporte sur les principes du Bien et du Mal. Des guerrières deviennent malgré elles les alliées de Harley. Ces oiseaux de proie, ces «badass motherfuckers» comme elles se surnomment, sont Renée Montoya, policière alcoolique, Dinah Lance, dite Black Canary, combattante impitoyable et chanteuse capable de tout pulvériser de son contre-ut, Helena Bertinelli, dite La Chasseresse, qui dégomme à traits d’arbalète les assassins de ses parents, et Cassandra Cain, pickpocket juvénile. Les frangines se déchaînent dans un déferlement de féminisme explosif et malpoli.

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Couettes en bataille, outrageusement maquillée, un cœur tatoué sur la pommette et le mot «rotten» («pourri») sur la joue, maniant la batte de base-ball ou le maillet de croquet avec une implacable férocité, déchargeant son lanceur de balles de défense truffées de confettis, Harley Quinn est, après Wonder Woman, la seconde héroïne des DC Comics à dérocher un film solo.

Violence cartoonesque

Apparue dans Suicide Squad, une vilaine parmi d’autres, la justicière terroriste tente l’échappée solo avec pour objectif de rivaliser enfin avec les produits Marvel de chez Disney (Iron Man, Avengers, Gardiens de la Galaxie…) détenant cet art du second degré qui fait cruellement défaut à «l’univers cinématographique DC» développé par Warner (Man of Steel, Batman vs Superman, Justice League). Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn approche cet idéal: avec sa hyène de compagnie, son amour de la junk food (sandwich à l’omelette, fromage et beurre fondus), ses grimaces, son insolence, son irresponsabilité et son amoralisme décomplexés, Harley Quinn (interprétée par Margot Robbie, qui produit le film) est autrement attachante que ses supercollègues virils et vertueux, MM. Batman, Superman et Aquaman.

Mené tambour battant, construit dans le désordre, porté par la voix off de Harley Quinn qui rajoute du sarcasme au désordre, s’offrant un détour impromptu par la comédie musicale, Birds of Prey ne revendique pas le naturalisme tragique du Joker avec Joaquin Phoenix, mais ne dédaigne pas un peu de réalisme quand la violence cartoonesque s’efface derrière le sadisme (visages arrachés). Quant au final, il renoue avec le gothique selon Tim Burton: les comptes se règlent dans un parc d’attractions abandonné, un décor tenant aussi bien du Train fantôme que du Pepperland des Beatles.


Birds of Preet la fantabuleuse histoire de Harley Quinn (Birds of Prey: And the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn), de Cathy Yan (Etats-Unis, 2020) avec Margot Robbie, Mary Elisabeth Winstead, Ewan McGregor, 1h49.