Musique

Les harmonies sublimes de Quiet Island

Le quartet genevois, dont le nouvel album sortira à l’automne, s’arrête ce mardi dans les locaux du «Temps» pour un concert privé, en collaboration avec le Montreux Jazz Festival

Il en va des groupes de rock comme des couples: tout commence par une rencontre. L’histoire de Quiet Island, c’est d’abord celle de deux amis, Laurent Zito et Julien Henchoz, qui, au sortir de l’adolescence, se découvrent un intérêt commun pour la musique des années qu’ils n’ont pas connues et les harmonies vocales. Là où certains vivaient en plein la deuxième révolution rap, tandis que d’autres avaient la nostalgie de la vague grunge qu’ils avaient juste manquée, les deux Genevois regardent plus en arrière encore, du côté des sixties.

L’histoire de Quiet Island commence donc à deux, et c’est d’abord sous le nom de The Postmen que travaillent Laurent et Julien, qui ont empoigné la musique en autodidactes. C’est alors que ce dernier croise la route de Louise Meynard. Elle est violoncelliste, sort du conservatoire et se trouve instantanément des affinités avec le duo, qui devient trio et donne son premier concert en 2009. Dans la foulée, au moment où le groupe prépare son premier album (Desert of Joy, qui sortira en 2012), Laurent propose à Julien Dinkel, un multi-instrumentiste actif sur la scène genevoise, au bénéfice d’une formation jazz, de les rejoindre. Et comme on ne travaille pas à quatre comme à deux ou à trois, leur musique évolue, se complexifie. Il s’agit plus d’un nouveau départ que d’une évolution, et il est temps de dire adieu à The Postmen, qui devient Quiet Island. «Nous avions envie de nous débarrasser de l’étiquette «enfants des Beatles» qui nous collait à la peau», résume Louise.

Alchimie vocale

C’est en 2015 que paraît Quiet Island, premier enregistrement du quartet éponyme. Dire qu’il est merveilleux n’est presque pas assez fort pour définir cet album d’une sidérante richesse harmonique. Elaboré dans un studio breton, il dresse des ponts entre une certaine idée de la pop telle qu’elle était pratiquée dans les swinging sixties et la scène néo-folk du moment – on pense notamment à Fleet Foxes, eux citent plutôt Bon Iver. Il y a là quelque chose de pur, d’élégiaque, comme une évidence. La force des quatre musiciens, c’est leur symbiose totale, leur alchimie vocale: ils chantent tous les quatre, apportant à leurs mélodies une profondeur rare dans leur façon de passer d’une voix à l’autre, voire de les entremêler. «Sur cet album, nos certitudes se sont naturellement mises en place», dit simplement Julien Dinkel.

Evoluer, ne pas se répéter; tous les groupes connaissent cela au moment d’envisager un nouvel album. Après ce premier disque sous le nom de Quiet Island, autoproduit sans aide extérieure si ce n’est pour le mastering, les Genevois se sont en début d’année adjoint les services de Robin Girod pour l’enregistrement de Telescope, dont la sortie se fera à l’automne. Le musicien (Mama Rosin, Duck Duck Grey Duck, L’Orage), producteur (Régis, Kassette, Bille Bird) et meneur du label Cheptel Records (Le Roi Angus, Adieu Gary Cooper) est une figure désormais incontournable de la scène alternative romande. Avec lui, ils se sont enfermés en janvier dernier dans un studio londonien. Deux petites semaines pour graver un disque parfois plus tendu, plus électrique, que le précédent, mais tout aussi sidérant dans son approche mélodique.

Une vraie démocratie

Se confronter à un regard extérieur a été salutaire, disent d’une même voix Louise Meynard et Julien Dinkel. Robin ne s’est pas mis au service de Quiet Island, il l’a littéralement intégré, jouant ici d’un bongo, là d’une guitare, amenant parfois les morceaux dans une direction nouvelle, insoupçonnée. Un renouvellement en douceur, l’assurance d’une évolution nécessaire pour un groupe qui chante et travaille à quatre à partir des idées amenées par les uns et les autres – «même si parfois ça prend plus de temps, nous sommes une vraie démocratie», assure Julien Dinkel.

Quiet Island, qui revient tout juste d’une petite tournée européenne, se produira ces prochaines semaines dans plusieurs festivals. En collaboration avec le Montreux Jazz, où les quatre amis joueront le 10 juillet, ils s’arrêteront ce mardi à la rédaction du Temps pour un showcase privé et exclusif. L’occasion d’entendre quelques premiers extraits de ce Telescope qu’on leur souhaite largement acclamé.


Quiet Island en concert à la rédaction du Temps, mardi 3 juillet à 19h, accueil dès 18h30. Inscription obligatoire ici.

En concert au Montreux Jazz Festival, Lisztomania, mardi 10 juillet. Autres dates sur leur site officiel

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