En 1993, les spectateurs du monde entier découvraient l'histoire singulière d'un présentateur de météo, condamné à revivre sans cesse la même journée: c'était Un jour sans fin (Groundhog Day), l'une des meilleures comédies de la décennie passée. Son réalisateur Harold Ramis, alors surtout connu pour ses talents de scénariste et d'acteur (SOS Fantômes), devient la coqueluche de la comédie américaine et confirme, avec Mes doubles, ma femme et moi et Mafia blues, son penchant pour un cinéma non-linéaire, construit sur la variation. On comprend d'autant mieux ce qui a pu l'attirer dans le sujet d'Endiablé, remake du Fantasmes (Bedazzled, 1967) de Stanley Donen.

Secrètement amoureux d'Allison, une collègue de bureau, le timide Elliot Richards (Brendan Fraser) ne peut que ruminer son incapacité à l'aborder. Mais la providence lui apparaît sous la forme d'une superbe femme en robe rouge (Liz Hurley). Celle-ci lui propose d'exaucer sept de ses vœux contre une signature au bas d'un contrat. Naïvement, Elliot accepte avant de se rendre compte qu'il vient de vendre son âme au diable. En plus, ses vœux ratent les uns après les autres. Qu'il demande à être riche, puissant et marié à Allison, le voilà transformé en trafiquant de drogue colombien et cocu. Basketteur exceptionnel mais peu membré, écrivain spirituel mais gay, Elliot a beau changer de rôles, il échoue toujours à atteindre son idéal.

Vouloir sans pouvoir

Fonctionnant sur un principe de ratages et de frustration, Endiablé commence plutôt bien. Les premiers vœux parviennent à faire rire grâce à leur sens aigu du dérèglement et réservent des moments assez jubilatoires. Mais rapidement, le système tourne à vide. La mise en scène de Ramis apparaît moins ambitieuse que dans Un jour sans fin et Mes doubles, ma femme et moi, où le cinéaste filmait avec une inspiration unique des personnages à la fois acteurs et metteurs en scène de leur propre vie, plongés dans une situation dont ils ne pouvaient sortir qu'au terme d'une scène répétée autant de fois qu'il le fallait pour qu'elle soit réussie. En réduisant ici Brendan Fraser à un pantin manipulé par Liz Hurley, Harold Ramis condamne Endiablé à n'être qu'une accumulation de scènes sur lesquelles son héros n'a aucune prise. Le film ne parvient alors jamais à sortir d'une voie tracée comme une ligne droite et s'achève sur une touche moralisante appuyée. La machine est bien huilée, mais manque cruellement de grains de sable.

Bedazzled (Endiablé), de Harold Ramis (USA 2000), avec Brendan Fraser, Elizabeth Hurley, Frances O'Connor, Miriam Shor.