A quoi tient le plaisir au cinéma? Il y a les partisans du pur divertissement, qui exigent d'un film qu'il «ne prenne pas la tête». Les intellectuels, qui souhaitent exactement le contraire: pas de salut sans idée derrière les images. Et les esthètes, pour qui le plaisir est lié à la beauté. Difficile de satisfaire tout ce monde. Le cinéma d'Ivan Reitman (Ghostbusters, Twins ou comme producteur, Beethoven) a toujours joué la carte du divertissement.

Résultat: les cinéphiles lui préfèrent Joe Dante ou John Landis, et même le grand public, qu'il courtise à travers ses comédies, l'a boudé une fois sur deux. Reste que Six jours sept nuits vaut essentiellement pour le plaisir qu'on y prend. Un plaisir irrésistible. Peu importent les réserves d'usage devant ce type de produit hollywoodien.

Après un bide (Father's Day, remake des Compères de Francis Veber avec Robin Williams, Billy Crystal et Nastassja Kinski) resté inédit chez nous, revoici donc Reitman avec une comédie d'aventures romantique, genre dont la recette semblait perdue. Le scénario, on a l'impression de le connaître avant d'avoir vu le film: un couple new-yorkais voit ses vacances paradisiaques en Polynésie tourner au cauchemar lorsque la jeune fiancée, repartie en avion pour quelque mission journalistique, se crashe avec le pilote sur une île déserte. L'essentiel repose dès lors sur le contraste entre la citadine stressée et le baroudeur plus âgé, qui commencent par se détester cordialement…

Devant le charme sans prétention de la chose, on se demande pourquoi Reitman, parfois porté sur les bonnes vieilles recettes (cf. Legal Eagles), n'y avait pas pensé plus tôt. En fait, si ce réalisateur possède un génie, c'est bien celui de l'alchimie entre acteurs. Qu'on songe aux Ghostbusters menés par Bill Murray, au tandem Schwarzenegger-De Vito de Twins, amélioré d'un soupçon d'Emma Thompson dans Junior, au couple Kevin Kline-Sigourney Weaver de Dave.

Ici, le duo entre Harrison Ford et la nouvelle venue Anne Heche (Walking and Talking, Volcano provoque des étincelles. Lui n'avait jamais aussi bien joué sur son vieillissement et elle est une vraie révélation dans le registre farfelu. On songe à Gable et Lombard, Tracy et Hepburn. C'est dire.

L'autre vedette du film est la photo de Michael Chapman, chef opérateur en état de grâce sous la lumière de Hawaï. Avec un décor d'une beauté à couper le souffle, nos rêves enfouis de Robinsons ravivés, on peut dès lors se montrer moins exigeant sur le fond.

Le scénario tient du gag, mais a au moins le mérite de trouver un juste milieu entre premier degré et parodie. Les clichés sur les hommes (simples) et les femmes (compliquées) y retrouvent leur efficacité. En se souvenant que Reitman fut autrefois producteur des premiers films de David Cronenberg, on aurait presque envie de voir là son Crash a lui.

Six jours sept nuits (Six days seven nights), USA 1998, d'Ivan Reitman, avec Harrison Ford, Anne Heche, David Schwimmer, Jacqueline Obradors, Temuera Morrison, Allison Janney.