Tiens, Harry Potter en été… Que vient donc faire là la poule aux œufs d'or des dernières fêtes de fin d'année? Confrontée à des problèmes d'acteurs (des adolescents qui jonglent avec leurs études, le décès de Richard Harris/Dumbledore, remplacé par Michael Gambon) et de lassitude du réalisateur Chris Columbus, la production a choisi de se donner un peu de temps, évitant du même coup une dernière confrontation directe avec Le Seigneur des Anneaux. Pas de quoi s'attendre à une révolution, même si l'arrivée à bord d'un nouveau capitaine en la personne du Mexicain Alfonso Cuarón, après son coup d'éclat de Et… ta mère aussi (Y tu mama tambien), a pu susciter quelques espoirs: et si un cinéaste digne de ce nom parvenait à tirer la série de l'ornière du divertissement superficiel?

Las! Vu à cette lumière «auteuriste», Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban raconte surtout la déroute d'un talent défait par la lourdeur de la machine hollywoodienne et la médiocrité intrinsèque de son matériau (pardon à tous les admirateurs de l'œuvre de J.K. Rawling, mais c'est la stricte vérité). Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. La première moitié de ce troisième épisode procure ainsi plus d'émerveillement et d'émotions que les deux premiers Harry Potter réunis! Mais au bout de 2 h 20 d'aventures plus redondantes que palpitantes, cela ne pèse déjà plus très lourd face à une lassitude difficile à éviter.

Prenez le premier plan du film – un superbe plan-séquence. Plongeant d'une nuit noire, la caméra entre par la fenêtre d'une maison de banlieue où un garçon se tient sous la couverture de son lit avec une lumière. Soudain, un bruit. Il se couche et tout s'éteint. Une porte s'ouvre, un homme entre, vérifie que le garçon dort bien et repart, puis le petit jeu se répète encore une fois. Comment mieux énoncer un éveil à la sexualité? Mais non. Harry, puisque c'est lui, répète toujours ses tours de magie en cachette chez l'oncle Vernon, sans manifester le moindre intérêt pour ce genre de choses – alors que son copain Ron (qui a plus évolué physiquement) lance déjà de timides regards en direction d'Hermione.

Au moins, quelque chose a changé du côté de la mise en scène, qui a pour effet de rendre les choses à la fois plus tangibles et mystérieuses qu'avec le look «plastique» et l'abus de plans larges qui caractérisaient la touche Columbus. Tout en livrant le festival d'effets spéciaux attendu, Cuarón est mieux parvenu à planter son décor de Poudlard/Hogwarts, l'académie des sorciers, et à créer un véritable climat d'angoisse avec les sinistres «détraqueurs», créatures de cauchemar (attention au traumatisme pour les plus petits!), appelés à la rescousse pour garder le domaine. Garder contre qui, au fait? Sirius Black, sorcier évadé qui aurait jadis livré les parents de Harry à leur assassin lord Voldemort (cf. l'épisode précédent). On vous épargnera la suite, étant entendu que tout l'intérêt des aventures de Harry Potter réside dans un empilement de péripéties et de détails fantaisistes.

A ce stade, les habitués auront déjà compris que tout est sujet à caution dans l'univers de J.K. Rawling. Ainsi, le «prisonnier» du titre n'aura rien de bien terrifiant et l'on ne verra même jamais le lieu nommé Azkaban! Les mystères, cousus de fil blanc, ne servent qu'à relancer le récit, et les nombreuses transformations, sans doute à faire plus «magique». Ici, même la mort s'avère rarement définitive, pour rassurer les petits. Le revers de la médaille, c'est que tout finit par paraître réversible – au point qu'on s'attend à tout moment à une résurrection des parents de notre orphelin-vedette! Or, sans la mort comme ultime garant du réel, que vaut un univers imaginaire?

Toutes les limites du concept éclatent au grand jour dans la grande scène d'affrontement dans la «cabane hurlante», durant laquelle apparitions surprises, explications tirées par les cheveux et transformations à effets spéciaux dépassent allègrement la limite du grotesque. Après ça, il ne restait plus qu'à faire joujou avec la dimension temporelle, histoire de tout gommer, ce que les auteurs s'empressent d'accomplir lors d'un final plutôt amusant. Et s'il n'y avait au fond rien à dire de Harry Potter, simple machine à divertir et ramasser des sous?

Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban (Harry Potter and the Prisoner of Azkaban), d'Alfonso Cuaron (USA 2004), avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, David Thewlis.