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«Harry Potter et l’Enfant maudit»: les raisons d’un succès

Le huitième épisode des aventures du sorcier paraît vendredi en français sous forme de pièce de théâtre. Une réussite spectaculaire

«Harry Potter et l’Enfant maudit» arrive vendredi dans les librairies francophones: en Suisse romande comme en France ou en Belgique, ouvertures avancées, animations spéciales sont prévues. Presque la routine en somme pour la saga de l’auteure britannique J.K. Rowling. Dix-neuf ans que cela dure! Depuis le premier tome paru en 1997 en anglais, en 1998 en français, la Pottermania déploie ses effets sur les enfants qui sont devenus grands et qui ont eux-mêmes des enfants.

C’est d’ailleurs sur ce levier que joue avec intelligence le nouvel et huitième épisode qui ne se présente pas sous la forme d’un roman mais d’une pièce de théâtre. Joué à guichets fermés depuis le 31 juillet au Palace Theater de Londres et jusqu’en décembre 2017, le spectacle «Harry Potter et l’Enfant maudit» a recueilli les éloges unanimes de la presse britannique. C’est donc le texte de la pièce qui paraît vendredi en français chez Gallimard, dans la traduction de l’excellent Jean-François Ménard. Et qui se lit avec délectation, du début à la fin.

Jeux et objets dérivés

Vous êtes un peu perdu? Vous pensiez que la saga s’était terminée en 2007 avec la parution de «Harry Potter et les Reliques de la mort», dernier titre annoncé? C’est juste, la série «Harry Potter» comprend bien sept romans où l’on voit le petit sorcier Harry grandir, de 10 à 17 ans, de la première année de l’Ecole des sorciers à la dernière, et lutter de plus en plus frontalement contre Voldemort, le Seigneur des Ténèbres. Harry et ses deux amis inséparables, Ron et Hermione, ont bien livré leur dernier combat en 2007. En presque vingt ans, 450 millions d’exemplaires de la saga ont été vendus et traduits dans 79 langues. Huit films en ont été tirés (avec la participation très active de J.K. Rowling) ainsi que des jeux et quantité d’objets dérivés.

Alors pourquoi un huitième épisode aujourd’hui et pourquoi, surtout, sous forme de pièce de théâtre? A l’origine de «Harry Potter et l’Enfant maudit», il y a une femme, Sonia Friedman, la productrice de théâtre la plus capée d’Angleterre. A 51 ans, elle est la reine du West End, le quartier des théâtres à Londres (et de Broadway à New York où ses productions tournent). En 2014, elle a remporté quatre Olivier Awards pour quatre spectacles différents, pièces de théâtre et comédies musicales, du jamais-vu. C’est à peu près à ce moment-là qu’elle a approché J.K. Rowling, «Jo» pour les intimes.

Ecriture collective

L’ex-chômeuse devenue milliardaire grâce au petit sorcier recevait à l’époque cinq propositions d’adaptation théâtrale par semaine. Mais personne ne lui avait proposé d’écrire une suite, un huitième épisode. C’est ce qui a séduit J.K. Rowling avec l’envie aussi de découvrir les ressorts propres à l’écriture dramatique et à la scène. Mais avec une demande: qu’elle soit à la fois très associée au processus d’écriture mais pas seule.

«L’écriture collective est pratiquée depuis longtemps pour le théâtre en Angleterre, à l’image de ce qui se fait pour les séries télévisées. Ecriture, mise en scène, comédiens, costumes: Sonia Friedman a réuni une équipe de rêve, le meilleur de la scène anglaise aujourd’hui et reflet d’une tradition scénique extrêmement forte», estime Christine Baker, l’éditrice de Harry Potter en français, qui vit à Londres.

Gare King’s Cross

Une qualité qui se ressent à la lecture du texte. Fruit de deux années de travail entre J.K. Rowling, Jack Thorne, auteur de théâtre et de scénarios, et John Tiffany, metteur en scène, «Harry Potter et l’Enfant maudit» captive, émeut et charme. Il s’agit bien d’une suite située dix-neuf ans après le dernier roman. Harry Potter a 37 ans.

Avec sa femme Ginny, ils ont deux fils adolescents, James et Albus, et une petite dernière, Lily. On découvre la famille sur le quai de la gare King’s Cross juste avant qu’ils ne traversent le fameux mur, entre le quai 9 et 10, porte d’entrée du monde des sorciers. Albus s’apprête à faire son entrée à l’Ecole des sorciers. Ils sont rejoints par Ron et Hermione, mari et femme, qui amènent leur fille Rose. Dans le train, Albus rencontre Scorpius, fils de Draco, l’ancien ennemi de Harry. Les deux garçons deviennent instantanément amis.

Paternité complexe

Albus et Scorpius feront la paire dans le dédale d’aventures et de pièges, d’émerveillements et d’effrois, de rebondissements et de coups de théâtre qui les attendent. Le spectacle se divise en deux parties de 2 heures et 20 minutes chacune environ, soit près de cinq heures de théâtre. Autant dire qu’il y a à lire… Au thème de la mort, déjà central dans tous les romans, s’ajoutent ici, avec finesse, la relation parent-enfant, la transmission, le poids du passé.

Harry, orphelin de père et de mère, se débat avec une paternité complexe pour lui comme pour quiconque. Et son fils Albus tout comme son ami Scorpius doivent composer avec des ascendances qui pèsent sur leurs épaules. Beaucoup d’humour et de magie aussi bien sûr, en sachant que le spectacle ne fait appel à aucun effet technologique. La magie est uniquement théâtrale dans la lignée du cirque actuel, façon James Thierrée ou Cirque du Soleil.

Paru cet été, le texte anglais de la pièce s’est déjà hissé numéro 1 des ventes en France. La magie Harry Potter opère encore de façon spectaculaire. Pas besoin d’être sorcier pour deviner le succès qui attend la version française, vendredi.


J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne, «Harry Potter et l’Enfant maudit», 360 pages, Gallimard. En librairie dès le 14 octobre.

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