Accusé de multiples agressions sexuelles, Harvey Weinstein va devoir se défendre sur les deux côtes des Etats-Unis. Le magnat déchu de Hollywood a en effet été inculpé lundi à Los Angeles pour deux nouveaux cas.

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En Californie, le producteur américain est accusé d'être entré de force dans la chambre d'hôtel d'une femme pour la violer, le 18 février 2013, puis d'en avoir agressé une autre le lendemain dans une chambre d'hôtel de Beverly Hills, selon un communiqué de la procureure du comté de Los Angeles, Jackie Lacey.

Le producteur de cinéma risque jusqu'à 28 ans de prison s'il est condamné en Californie. L'identité des deux victimes n'a pas été précisée à ce stade et l'enquête, entamée voici deux ans à la suite des premières plaintes suscitées par le mouvement #MeToo, se poursuit à Los Angeles.

Très affaibli par des problèmes de dos

Au même moment, son procès s'ouvrait de l'autre côté du pays, à New York, ce lundi. Vêtu d'un costume sombre, l'ancien magnat de Hollywood de 67 ans, qui marche difficilement avec un déambulateur suite à des problèmes de dos, a croisé certaines de ses accusatrices lundi matin à son arrivée au tribunal d'Etat de Manhattan.

Très affaibli depuis les révélations du New York Times en octobre 2017, il a dû passer devant une quinzaine de femmes, dont les actrices Rosana Arquette et Rose McGowan, qui l'accusent de les avoir agressées sexuellement - sur plus de 80 au total - armées de pancartes demandant «Justice pour les survivantes».

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Si ce nouveau développement peut fragiliser la position de Weinstein pour son procès, il risque aussi de donner des arguments à ses avocats pour demander un report, a déclaré à l'Agence France Presse (AFP) Bennett Gershman, enseignant en droit et ancien procureur à Manhattan.

Accusé par plus de 80 femmes

Harvey Weinstein n'a fait aucune déclaration avant ou à l'issue d'une première audience très technique, qui n'a duré qu'une heure. Il ne devrait pas non plus témoigner lors de ce procès sous la présidence du juge James Burke. La première bataille de ce procès, censé durer six semaines, sera la sélection des jurés qui doit démarrer mardi et pourrait prendre jusqu'à deux semaines. 

Si plus de 80 femmes, dont Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie ou Léa Seydoux, ont accusé Harvey Weinstein de les avoir harcelées ou agressées sexuellement, le procès ne concerne directement que deux d'entre elles, signe de la difficulté à construire un dossier pénal sans preuve matérielle et sans témoin, autour de faits remontant souvent à plusieurs années.

L'ancienne assistante de production Mimi Haleyi affirme qu'Harvey Weinstein l'a agressée sexuellement dans son appartement new-yorkais en juillet 2006. La seconde victime présumée, demeurée anonyme, l'accuse d'un viol en mars 2013 dans une chambre d'hôtel new-yorkaise.

L'acte d'accusation inclut une troisième femme, l'actrice Annabella Sciorra, qui affirme avoir été violée par Harvey Weinstein en 1993. Les faits la concernant sont prescrits, mais doivent permettre à l'accusation d'étayer le chef d'inculpation de comportement sexuel «prédateur», qui fait risquer la perpétuité au sexagénaire.

«Je me concentrerai sur mes enfants, ma santé»

Si depuis 2017 #MeToo a fait tomber de nombreux hommes de pouvoir, la quasi-totalité a échappé à des poursuites pénales. Le seul autre procès en vue concerne le chanteur R. Kelly, inculpé l'an dernier d'agressions sexuelles sur des jeunes femmes, parfois mineures.

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Si Harvey Weinstein, deux fois marié et père de cinq enfants, est devenu un paria pour l'opinion, l'accusation est loin d'être assurée d'obtenir la condamnation du producteur, qui a toujours assuré que ses relations sexuelles étaient consenties. Bien avant le procès, ses avocats ont tenté de saper les témoignages des deux victimes présumées.

Dans une rare interview par email avec CNN publiée samedi, Harvey Weinstein a indiqué qu'il entendait «prouver (son) innocence et laver (son) nom». En cas d'acquittement, «je me concentrerai sur mes enfants, ma santé», a indiqué le sexagénaire.