Vingt artistes sont exposés dans l’aile gauche du Centre de la photographie Genève (CPG). Les Lois de l’improbabilité est une petite exposition présentant des œuvres précédemment accrochées en ces lieux, et ayant depuis intégré les collections de la ville et du canton. A priori, donc, pas de liens thématiques entre les travaux présentés. Le titre de l’expo souligne bien son caractère éclaté. Au visiteur dès lors de la regarder comme un ensemble hétéroclite ou, selon ses envies et inspirations, de tenter de trouver du lien.

Ce qui frappe, d’abord, c’est la prédominance du bâti, de même qu’une certaine étrangeté se dégageant de plusieurs images. A l’entrée, c’est un grand format de Georg Aerni occupant l’entier d’un mur, Tsz Wan Shan (2000), que l’on remarque d’abord. On y voit de hautes barres d’habitation qui, au premier regard de loin, peuvent évoquer des bandes de pellicules argentiques. Plus loin, tirées de la série Palais des Nations (2018), deux photographies de François Vermot prises dans les dédales du bâtiment de l’ONU; on découvre sur l’une d’entre elles des cabines téléphoniques d’un autre âge, comme surgies d’un film de science-fiction rétrofuturiste. Elle répond à un cliché de Christophe Rex, Cafétéria en sous-sol, Boston (2005): même sensation de découvrir un lieu atemporel, que l’absence de silhouettes humaines rend intrigant, comme un décor abandonné.

Une expo photo à Bienne:  Si l’Algérie nous était contée

Photographiant des immeubles de Lyon (2009) et de Grenoble (2012), Serge Fruehauf en capte les étonnantes courbes architecturales, tandis que le Collectif_fact photographie dans la série DOWNtown (2008) des bâtiments genevois évoquant, à travers leurs formes tout en longueur, certaines banlieues américaines. Laurence Bonvin a de son côté réalisé la série On the Edges of Paradise (2005-2006) à Istanbul, dans un de ces quartiers à haute sécurité ressemblant à des ghettos pour fortunés. Tout semble paisible, mais impossible de ne pas imaginer ce que qui pourrait venir parasiter cette quiétude.

D’autres photographies sont, elles, plus directement documentaires. C’est le cas de Derborence hors-champ (1985), six tirages noir et blanc réalisés par Christian Grimm durant le tournage de la belle adaptation de Ramuz par Francis Reusser, ou de Luna Park (Bilbao) (2005), série de Bruno Serralongue sur la brigade cynophile de la police basque. Autant de propositions dont la présentation est rythmée par quelques photographies d’art, tel ce très beau 1075-14a (2010), grand tirage de Patrick Weidman présentant une énigmatique constellation de fibres plastiques.


«Les Lois de l’improbabilité – Les Contributions du CPG au patrimoine genevois», Centre de la photographie Genève, jusqu’au 2 août.