Il aura fallu attendre 74 éditions du Festival de Cannes pour voir un film marocain sélectionné en compétition officielle. Cet honneur échoit à Nabil Ayouch, qui avait déjà montré certaines de ses réalisations sur la Croisette dans des sections secondaires ou parallèles – Les Chevaux de Dieu à Un Certain Regard en 2012, Much Loved à la Quinzaine des réalisateurs en 2015. Dans Haut et Fort, un long métrage qui a du souffle et du cœur, il s’intéresse à une jeunesse marocaine décidant de faire entendre sa voix et ses revendications à travers le rap.

Femmes africaines et hip-hop: A Dakar, les femmes prennent la parole

L’intrigue se déroule dans un centre culturel de Sidi Moumen que le cinéaste a lui-même ouvert en 2014 afin d’offrir à des jeunes de banlieues l’occasion de se frotter à la culture. Il a créé d’autres de ces centres ailleurs dans le pays. L’entrée en fiction se fait par le biais d’Anas, un rappeur qui n’a visiblement pas eu la carrière dont il rêvait, venant animer un atelier auquel participent des adolescents qui tous et toutes ont une viscérale envie de s’exprimer, aimeraient qu’enfin on les écoute.

Lorsque Anas commence par leur expliquer les fondements américains de la scène hip-hop, une musique contestataire créée par la minorité afro-américaine pour parler de sa réalité et lutter pour les droits civiques, on craint un récit lourdement didactique. Alors oui, il y aura par la suite quelque chose de démonstratif dans la manière qu’a Ayouch de cocher toutes les cases, de la jeune voilée à la rebelle, en passant par l’introverti et le religieux. Mais la manière dont la caméra s’insère au sein du collectif, avec une évidente dimension documentaire, suffit à dépasser ce volontarisme parfois maladroit et un personnage principal un peu lisse, passant un peu rapidement du statut de l’enseignant exigeant à celui de grand frère attachant.

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Au final, la manière dont le cinéaste marocain laisse beaucoup de place à la musique et à la danse, tout en montrant les aspirations de jeunes femmes qui ne veulent plus être reléguées aux rôles que leur assigne une société encore profondément patriarcale, emporte l’adhésion.