Sa nouvelle aventure musicale, qui prend la forme d’un carnet de chants, sera dévoilée cet automne, et il est actuellement en train d’en finaliser le mastering. Deux ans après D’une seule bouche, coécrit avec le Breton Alexandre Varlet, le Valaisan Marc Aymon est de retour avec un projet qui sur le papier avait de quoi décourager. Ô bel été! Chansons éternelles le voit en effet revisiter une quinzaine de chansons issues du patrimoine suisse d’avant 1930 – un «tube», l’inoxydable «Vieux chalet» de l’abbé Bovet, et toute une série de morceaux oubliés.

A l’écoute de quelques titres de ce qui se présentera comme un somptueux disque-objet illustré par le dessinateur Cosey, avec pour chaque morceau sa partition et ses paroles, on est rassuré. Le chanteur et guitariste n’a pas tenté de jouer la carte de la nostalgie pour faire pleurer dans les EMS. Ses relectures évoquent ce folk américain qu’il aime tant, lui qui avait traversé les Etats-Unis avant d’enregistrer son troisième album, en 2012, à Nashville. Le son est ample et généreux, les arrangements d’une magnifique profondeur, transcendés par des percussions élégiaques et une pedal steel poussiéreuse.

Studio à 1655 mètres

Pour mener à bien cette nouvelle aventure, Marc Aymon a fait appel à deux réalisateurs qu’il connaissait déjà, les Français Yann Arnaud et Frédéric Jaillard. Il s’est ensuite entouré de plusieurs musiciens de talent, le violoniste Xavier Moillen, le batteur Raphaël Chassin et le multi-instrumentiste Ephraim Salzmann. Après avoir posé les bases mélodiques à La Frette, une maison de maître du XIXe siècle reconvertie, près de Paris, en studio, le musicien a finalisé l’enregistrement dans un grand salon du Bella Tola, à Saint-Luc, un hôtel historique perché à 1655 mètres d’altitude, au cœur du val d’Anniviers.

«Un jour en me baladant, j’avais visité l’hôtel et découvert cette salle, avec du parquet, des hauts plafonds, des rideaux de feutrine rouge et des gravures et dessins d’Edouard Valet. Deux semaines plus tard, je suis revenu voir les propriétaires pour leur présenter mon projet et leur proposer d’installer un studio d’enregistrement mobile dans leur établissement.»

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Un don précieux

L’enregistrement, suivi par une équipe de l’émission de Passe-moi les jumelles, s’est déroulé fin mars. Afin de donner du souffle à ses morceaux, Marc Aymon a convoqué un ensemble de cuivres, un chœur d’hommes, un chœur mixte et un chœur d’enfants. La chanteuse lucernoise Heidi Happy chante également sur un titre, le mélancolique «La délaissée», qui est à l’origine du projet.

«Un ami musicien m’avait chanté cette chanson de 1890, que j’ai alors eu envie d’interpréter sur scène. Car quand c’est beau, la guitare ne fait que suivre. Un soir, après un concert, un couple est venu me voir pour me dire que ce morceau leur avait transpercé le cœur et qu’ils souhaitaient me confier quelque chose, en l’occurrence un carnet de chants suisses édité en 1929. Tout est parti de là. Alors que mon envie de voyage me poussait à partir enregistrer au Niger avec un musicien touareg, j’ai eu envie de réorchestrer ces chansons de manière moderne et, pour la première fois, de me confronter à mon pays, à mon terroir.»

Le résultat, que le public pourra découvrir à la mi-novembre lors d’un vernissage qui se déroulera au Théâtre du Baladin, à Savièse, force le respect. Marc Aymon fonctionne à l’énergie et celle-ci est contagieuse. Ô bel été! Chansons éternelles, qui se présente comme un livre avec CD et carnet de chants afin que chacun puisse à son tour s’approprier ces airs du patrimoine, pourrait devenir un manuel scolaire. Pour Le Temps, le natif d’Icogne commente en exclusivité quelques photos prises lors de cet enregistrement hors norme qui a vu le Bella Tola accueillir une soixantaine de musiciens.