AVENCHES

Avec «Head Music», Brett Anderson offre à Suede une cure de jouvence

Depuis quatre albums, les Anglais de Suede cultivent une pop lyrique et fière. A découvrir ce soir, en ouverture du Festival Rock oz'Arènes

Depuis la nuit des temps, la presse anglaise révèle chaque semaine de nouvelles formations pop, préférant monter en épingle d'insignifiants groupuscules plutôt que de passer à coté des prochains Beatles. Un quadrillage en règle qui, tôt ou tard, porte ses fruits. Elu «meilleur groupe anglais» par le Melody Maker avant même la sortie de son premier single, Suede s'est employé à ériger cette hyperbole en profession de foi.

Dès son premier album éponyme (1993), le quatuor londonien mené par le charismatique Brett Anderson jette les bases d'une pop lyrique et savante, aux antipodes des productions anglaises d'alors. Le succès ne se fait pas attendre, et les singles The Drowners et Animal Nitrate se hissent au sommet des charts. Prolixe et épris de hauteurs, Suede enchaîne fin 1994 avec Dog Man Star: double album-fleuve à l'écriture alambiquée, ce second disque donne à entendre la pleine mesure des ambitions du groupe. Un travail de titan qui laissera le duo de songwriters exsangue, culminant avec le départ du guitariste Bernard Butler.

Donné pour mort, le groupe rebondit en 1996 avec un nouveau guitariste de 17 ans et enregistre Coming Up, leur plus grand succès. Depuis, une compilation de faces-b et un nouvel album d'obédience électro-pop ont achevé de remettre en selle l'une des formations les plus passionnantes de la scène anglaise.

Le Temps: Sur le nouvel album, She's In Fashion décrit le fait d'être toujours en vogue. Peut-on y voir une allusion à la situation du groupe?

Brett Anderson: (rires) J'espère bien que non! La volonté de Suede n'est pas de s'inscrire dans une mode quelconque. Auquel cas notre approche musicale aurait changé 500 fois au cours des trois derniers jours! Nous travaillons davantage sur le long terme, et la qualité de notre musique est notre seule motivation. En même temps, en publiant des albums plus pop et directs, nous avons l'ambition d'élargir notre auditoire.

– Il s'agit donc d'une évolution délibérée?

– Absolument. La musique, les textes, ma manière de chanter, tout a été conçu dans l'optique de s'adresser de manière beaucoup plus directe à notre public. Dans nos premiers disques, on devine une volonté constante de compliquer les choses. Plus jeune, je ressentais le besoin d'être impressionné par ce que j'écoutais et ce que je jouais. Aujourd'hui, cela ne m'intéresse plus. Un morceau comme Everybody Hurts de R.E.M. est extrêmement facile à jouer, et c'est une chanson qui a touché des millions de gens. Voilà le genre d'écriture que nous recherchons maintenant.

– Head Music a été produit par Steve Osborne, responsable du son de certains disques de New Order ou des Happy Mondays, deux groupes qui ont mêlé avec succès chansons pop et rythmes de danse. Est-ce pour cela que vous l'avez choisi?

– J'avais très envie de travailler avec quelqu'un d'expérimenté dans les musiques électroniques. Le problème du format pop est que la plupart des chansons ont une trame narrative et qu'il est difficile de les saucissonner selon la technique du remix. Ce que j'apprécie dans le travail de Steve Osborne, c'est qu'il n'a pas simplement plaqué des rythmes dance sur la musique de ces groupes, mais qu'il a davantage accentué la pulsation naturelle qui se dégageait des morceaux. Quand nous écrivons des chansons avec Richard [n.d.l.r.: le guitariste], cette dimension rythmique nous manque jusqu'à ce que nous les jouions en groupe. Et Steve a réussi à faire ressortir cela de manière immédiate.

– A l'avenir, pensez-vous utiliser davantage de boucles et de sons électroniques?

– Oui, certainement. Je trouve l'idée de créer des chansons par la technique du collage très stimulante. Et j'aime particulièrement le côté robotique et dépouillé de l'électronique. Mais c'est plus la méthode d'écriture que les sons qui m'intéressent, car les sons vieillissent très vite.

– Quelle est la place de Suede au sein de la scène anglaise actuelle?

– J'ai le sentiment que nous avons toujours été en marge. Nous faisions de la musique très théâtrale et glamour quand la scène anglaise était dominée par la simplicité brit-pop. Et quand tout le monde a suivi Radiohead dans la voie d'un rock lyrique et complexe, nous travaillions à des disques plus pop.

– Après quatre albums et sept ans de carrière, avez-vous l'impression d'influencer à votre tour une nouvelle génération de groupes?

– Musicalement, j'ai de la peine à percevoir une influence directe. En revanche, le type de groupe que nous sommes, notre attitude et la qualité de notre musique ont eu sans aucun doute une énorme influence. L'idée qu'un groupe doive être capable d'écrire de vraies chansons semble aller de soi aujourd'hui, mais cela n'était pas le cas quand nous avons commencé.

Publicité