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Les créations de la designer Ying Gao évoluent en fonction de leur environnement.
© Ying Gao

Prospection

La HEAD raconte le futur proche

Du 14 au 15 décembre, la Haute Ecole d’art et de design de Genève organise un grand colloque. Son thème? L’implication grandissante des designers et des artistes dans l’avenir de notre société

Parler d’avenir avec Jean-Pierre Greff, c’est d’abord opérer un léger retour en arrière. En 2007, l’ancien directeur de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg posait les bases de la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD). Avec, en guise de première pierre, un grand colloque baptisé AC/DC, qui étudiait le rapport entre art contemporain et design contemporain. Le symposium consacrait l’union entre l’école d’arts appliqués et celle des beaux-arts. Dix ans ont passé. «La meilleure façon de les célébrer était, selon moi, d’imaginer les dix années suivantes durant deux jours de conférences, explique Jean-Pierre Greff. Mais pas sur un mode universitaire en alignant des suites de monologues. AC/DC convoquait beaucoup d’intervenants mais se prolongeait aussi par une grande exposition de design au Centre d’art contemporain. C’est ce principe que j’ai voulu réactiver en 2017.»

Conférences interactives

Le thème? Envisager le futur proche avec des personnalités venues de tous les horizons, aussi bien des artistes que des philosophes, des écrivains que des architectes, des sportifs que des designers. «Le temps de parole sera très serré, une vingtaine de minutes pour chacun dont la moitié sera consacrée à des échanges avec le public. Il y aura aussi des tables rondes et surtout des installations, des films, des soirées de performances que les gens pourront découvrir et expérimenter pour prolonger leur réflexion.»

Reste à savoir en quoi une école d’art et de design peut dessiner l’avenir, où à tout le moins y participer. «Les artistes et les designers ont un rôle majeur à jouer dans le monde qui est le nôtre. Je suis frappé de constater que des personnalités actives dans la science et les technologies expriment elles-mêmes cette nécessité. Patrick Aebischer [ancien président de l’EPFL, ndlr], à qui on demandait comment il voyait l’avenir de son école, répondait que l’une des choses les plus importantes qui contribuaient au succès de ce lieu et à sa capacité d’innovation était la présence de grandes écoles d’art dans le bassin lémanique. Et que, sans les artistes et les designers formés par ces établissements, la technologie n’était rien.»

Le retour des visionnaires

Dans le temps, l’artiste était celui qui communiquait directement avec Dieu et transformait en images le message mystique. Aujourd’hui, l’illumination spirituelle n’est plus exactement le propos. Mais la capacité de l’artiste à traduire une parole, une idée, un état du monde dans un objet ou un projet le place toujours dans une catégorie à part. «Sa position au-dessus des contingences pourrait être absolument indispensable dans la réinvention du monde. Nous vivons dans un présent bouleversé avec en ligne de mire un futur dans lequel apparaissent déjà toutes sortes d’inquiétudes et de menaces pour l’homme et la planète. Tout va trop vite, sans réel contrôle. Ce qui à la fois nous angoisse et nous fascine. Les artistes et les designers sont les spécialistes de la big picture, de la vision globale d’une situation. Ils ne se trouvent pas dans l’immédiateté, ne cultivent aucune logique instrumentalisée de la recherche d’un bénéfice pour chacune de leurs actions.»

Pour raconter ces lendemains qui rechantent, Jean-Pierre Greff a réuni un comité scientifique constitué d’une dizaine de personnes au sein de la HEAD et de son conseil académique, «plus quelques amis de l’école comme le designer Jurgen Bey, Paola Antonelli, responsable du département design et architecture du MoMA de New York, ou encore Frédéric Kaplan, professeur en humanités numériques à l’EPFL. Tous nous ont fait des remarques et apporté leurs suggestions de personnes à inviter. A la fin, nous avions une liste d’une centaine de noms.» Dont il ne reste qu’une vingtaine à l’arrivée.

Le paradoxe du surhomme

Parmi les intervenants, Mathieu Lehanneur, créateur humaniste passionné de science et d’écologie et pour qui le design doit faire le bien avant de faire le beau. Il interviendra dans la thématique «Rewind Forward», ou «comment le passé implique l’instant présent et informe le temps futur», reprend le directeur, qui a découpé ses deux jours de colloque en quatre sections. «On parlera de l’implication de l’action de l’homme sur son environnement, de sa capacité à encore habiter le monde aux effets des technologies numériques sur la mutation de notre société.» Le dernier thème analysera le fantasme du surhomme dans une société de plus en plus collective en présence de Ying Gao, la fashion designer dont les créations réagissent en fonction de leur environnement, et d’Aimee Mullins, l’athlète amputée qui court sur des lames de carbone et que l’artiste Matthew Barney a filmée dans Cremaster 3 en créature mi-femme, mi-panthère.

Mais le futur proche, c’est quoi, c’est quand? Il y a dix ans, personne n’aurait imaginé la mutation totale et définitive de notre société provoquée par les réseaux sociaux. Et guère plus envisagé la complexité géopolitique du monde d’aujourd’hui. «On n’a fixé aucune période de temps en particulier. Implicitement, on a orienté le débat sur les dix prochaines années, continue Jean-Pierre Greff. On ne voulait surtout pas faire de la futurologie, partir dans des fantaisies de science-fiction. Il fallait rester dans cette zone tendue où l’ordre des choses est certes incertain mais à peu près prévisible. Etre à la fois spéculatif, pragmatique et critique, comme l’est notre école. Pour vivre intensément le présent.»


«Histoires d’un futur proche», du 14 au 15 décembre, Campus HEAD, www.narrativesnearfuture.ch

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