Heiner Muller estimait que si l'on voulait vraiment rendre justice à ses œuvres, il fallait les envisager à la manière d'un work in progress et les présenter selon un ordre «brutalement chronologique». Cela vient d'être fait en partie pour Hamlet-Machine, qui contribua dès le début des années 80 à sa renommée internationale. Sur les quelque 250 feuillets des manuscrits de la pièce, dont résulta finalement un texte de seulement 9 pages, 34 viennent d'être repris, traduits et commentés dans une édition bilingue. Ces «brouillons», transcrits ligne à ligne, rendent compte jusque dans leur graphisme de la méthode de travail de l'auteur. Des séquences isolées, des fragments intégrés plus tard à d'autres pièces, des notes conceptuelles schématiques, des commentaires sur l'évolution de l'écriture rendent compte des «flux cérébraux» à l'origine du texte et des métamorphoses conduisant à son achèvement. Le lecteur assiste à un processus de gestation révélateur, et l'on ne peut souhaiter, pour un théâtre éminemment difficile, une approche plus éclairante.