Heinrich Böll

Chien blême

Trad. d'Alain Huriot

Seuil, 200 p.

Dans ce nouveau recueil d'inédits posthumes (Der blasse Hund, 1995), qui présente des textes pour la plupart antérieurs à 1950, l'intérêt porte d'abord vers une des premières proses de jeunesse, le récit Les Ardents, conçu en 1936 déjà. Le talent évocateur et les nobles convictions de l'écrivain s'y expriment maladroitement encore, mais de façon bien personnelle, et avec une intensité prenante. Et les autres textes, rédigés dans l'immédiat après-guerre, confirment ce jugement. On y trouve la plupart des thèmes qui feront la renommée de Böll et fondent sa modernité. Il se préoccupe de la foi, de l'amitié et de l'amour, il scrute la profondeur des sentiments. Et alors que son peuple passe sous silence l'époque nazie et se tourne vers la reconstruction et l'économie, il évoque les horreurs, la souffrance et l'absurdité de la guerre, et fustige l'immoralité du capitalisme. Devant les problèmes de son temps, il s'interroge et en appelle à la conscience. Des personnages et des événements ou des faits banals, rapidement esquissés dans un cadre quotidien, y suffisent. Parce que le détail est incisif et l'épithète sonne juste, et que l'homme avec ses élans accrédite l'écriture.