Toujours aussi fraîche, toujours aussi nature. Hélène Grimaud est à peine arrivée au lac de Lauenen, sur les hauteurs de Gstaad, qu’elle se souvient s’y être promenée à l’été 2011 avec la danseuse Sylvie Gillem, leurs compagnons et leurs chiens respectifs (un berger allemand et un berger blanc suisse).

A 43 ans, la pianiste d’origine aixoise affiche une belle sérénité. Très aimée des uns, controversée par les autres, elle fait une halte ce soir, à Verbier, après avoir fait une résidence au Menuhin Festival Gstaad. Son programme est celui de son album solo Résonances. «J’ai tourné ces œuvres pendant près de deux ans et demi, ce sont les derniers concerts, à Gstaad et Verbier.» Soit la Sonate en la mineur K. 310 de Mozart, la Sonate de Liszt, la Sonate de Berg et les Danses populaires roumaines de Bartók.

Préférant s’exprimer en anglais (qu’elle maîtrise admirablement) qu’en français, la pianiste au regard aussi candide que déterminé livre des clés pour entrer dans cet univers. «Résonances, c’est un peu ma vision romancée de l’Empire austro-hongrois. Bien sûr, Mozart, né à Salzbourg, et Bartók sont au-delà de l’Empire austro-hongrois géographiquement et historiquement, mais je voulais me placer aux deux extrémités, voir ce qu’il y avait avant et où cela aboutissait.»

Amour éperdu pour Berg

Aux sources de l’album, la Sonate de Berg, l’Opus 1 du compositeur, écrit en 1909 à Vienne. Un prodige de concentration, une pièce d’un seul tenant (de treize à quatorze minutes), conçue après les études de Berg auprès de Schönberg. «Je suis tombée amoureuse de cette pièce à 11 ans, alors que j’étais encore une enfant. Je pouvais à peine en déchiffrer les premières mesures!» Une œuvre qu’elle joue avec la partition sous les yeux. «Il y a une foule d’in­dications de dynamiques et de ponctuation, parfois contradictoires entre les différentes voix. Il est franchement impossible de toutes les mémoriser, c’est pourquoi je préfère avoir un contact visuel avec la partition.»

Antérieure, composée en 1852 et 1853, la Grande Sonate de Liszt est dans la même tonalité de si mineur. Une œuvre charnière du romantisme, d’un seul tenant également, qui renouvelle complètement la forme sonate. «C’est du génie pur, de la magie noire, cette Sonate. La ­manière dont Liszt place toute une série de motifs, lesquels se renou­vellent sans cesse, est impressionnante.» Quant à la Sonate en la mineur de Mozart, Hélène Grimaud estime que c’est une sonate «presque beethovénienne, «la sœur de la Sonate «La Tempête

La pianiste a une méthode très particulière pour enregistrer. Contrairement à la plupart des pianistes, qui rôdent leurs œuvres en concert avant de les fixer au disque, elle préfère les jouer pratiquement «vierge» de toute expérience au contact du public. «Il y a des atouts dans cette approche-là. C’est une vision non teintée de l’œuvre, peut-être plus ­radicale et directe, ce qui n’empêche pas ma conception d’évoluer lorsque je joue en concert.» Nul doute que cette pratique obéit également aux contraintes de l’industrie du ­disque…

Partageant sa vie entre les Etats-Unis et l’Europe, ayant acquis en 2009 une résidence secondaire sur les bords du lac des Quatre-Cantons, la pianiste continue à défendre avec ardeur la cause des loups. Mais elle n’est plus directement chargée du Wolf Conservation Center, dans l’Etat de New York, qu’elle avait fondé en 1999. Elle vient d’enregistrer à nouveau le 1er Concerto de Brahms, cette fois avec le chef letton Andris Nelsons et l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise. Elle en a profité pour faire aussi le 2e Concerto, qui n’était pas inscrit à son répertoire. «Il m’a fallu plus de temps pour m’approprier cette œuvre, qui m’était moins immédiate, mais maintenant, je sens qu’elle a enfin grandi en moi.»

Hélène Grimaud au Verbier Festival, ce soir à 20h. Rens. www.verbierfestival.com