C'est elle que tout le monde attend: Hélène Grimaud, pianiste qui joue avec les loups, 31 ans tout en nerfs et en sensibilité. Elle est là pour un joyau, le Concerto en sol de Ravel, où dansent ensemble l'esprit de Mozart et le swing des boîtes à jazz de New York. Hélène Grimaud fait valoir son toucher aux couleurs grises, aux reflets mats, fonçant dans les passages jazzy avec une énergie de combattante, mais c'est dans les échappées poétiques qu'elle frappe au cœur, avec une sonorité liquide, suspendue, qui semble parler aux étoiles. Elle a pour partenaire un Orchestre de la Suisse romande très délié, où Fabio Luisi, comme dans l'Ouverture d'Obéron de Weber, fait briller ses meilleures qualités de virtuose. Comme souvent, le directeur artistique de l'OSR marque en revanche le pas devant les grandes constructions romantiques: aussi bien agencée soit-elle, et par instants visitée par la grâce (les violoncelles, les altos dans l'Andante!), la Quatrième Symphonie de Brahms garde la beauté figée d'un monument historique dont le chef semble conduire la visite guidée.

Victoria Hall, Genève, ce soir à 20 h 30.