En 517, le roi Arthur a dû se servir d’Excalibur pour décapiter et démembrer Nimue (Milla Jovovich), la Reine de sang, qui avait déchaîné une terrible épidémie contre l’humanité. Et puis les siècles ont passé. Hellboy est en mission en Mexique pour retrouver un agent disparu. Celui-ci fait le catcheur dans un costume de vampire dissimulant sa nature vampirique. Au terme d’une bagarre brutale, Hellboy empale son ex-collègue mutant sur un poteau du ring. Puis il s’envole pour l’Angleterre, où un trio de géants a pour hobby de sucer la moelle humaine…

Né en 1994 de l’imagination de Mike Mignola, Hellboy a été arraché des profondeurs infernales lors d’une expérience paranormale menée en 1945 par Raspoutine et des savants nazis. Sous la houlette d’un savant américain, le grand diable rouge a symboliquement brisé ses cornes pour rallier les rangs du Bien.

Guillermo del Toro a adapté à deux reprises les comics cultes au cinéma. Hellboy (2004) et Hellboy: The Golden Army (2008) sont de remarquables réussites. Le cinéaste mexicain a su trouver d’excellentes équivalences au graphisme épuré de Mignola, notamment à travers des trucages à l’ancienne, mélangé habilement le fantastique et l’humour et naturellement exprimé la sympathie qu’il a pour les monstres. Un troisième film était prévu; il ne s’est malheureusement jamais fait. C’est Neil Marshall (l’éprouvant The Descent, deux épisodes de Game of Thrones) qui réalise un reboot, Hellboy – Call of Darkness, qui sort en catimini et s’avère – hélas! – désastreux.

Langues arrachées

Dépourvu de tout sens esthétique, le réalisateur s’adonne de façon éhontée au gore: dans des cataractes d’hémoglobine, langues et moelle épinière arrachées, têtes broyées, corps humains déchirés en longueur et en largeur, énucléations et éviscérations multiples constituent l’ordinaire d’un salmigondis hideusement bruyant puisqu’il tartine de hard rock ses fracas divers. Ce tohu-bohu ne suffit pas à dissimuler l’affligeante pauvreté du scénario: Nimue revient et elle a la haine. Assisté de la médium Alice Monaghan (Sasha Lane) et du soldat métamorphe Ben Daimo (Daniel Dae Kim), Hellboy tire Excalibur de son roc pour interrompre l’Armaguédon – mais pas la destruction de Tower Bridge ni la mort de milliers de Londoniens…

Hellboy est un personnage ambigu. Un démon à la fois féroce et débonnaire, un épicurien placide doublé d’un combattant impavide. S’il a choisi de défendre la veuve, l’orphelin et le chaton contre les forces du mal, il reste prédestiné à jouer un rôle prépondérant quand le septième sceau sera rompu, sa main droite, minérale, étant la clé de l’Apocalypse. Chez Del Toro, le pauvre diable est un mélange d’Indiana Jones et de Big Lebowski; chez Marshall, juste un avatar écarlate de Rambo. Son interprète, David Harbour (le shérif de Stranger Thing), la joue bourrin. Il n’a pas le quart de la finesse de Ron Perlman, l’ancien titulaire du rôle. De toute façon, la finesse n’a rien à faire dans ce machin sanguinolent.


Hellboy – Call of Darkness, de Neil Marshall (Etats-Unis, 2019), avec David Harbour, Ian McShane, Milla Jovovich, Sasha Lane, Daniel Dae Kim, 1h54.