En conviant Helmut Lachenmann à tenir le rôle de «compositeur en résidence», le festival genevois Archipel ne pouvait rêver meilleur exégète des arcanes de la musique contemporaine. Auteur d'une œuvre réputée difficile, austère le plus souvent, le compositeur allemand n'a pas son pareil dès lors qu'il s'agit d'en exposer les ressorts intimes. En prélude d'un concert faisant la part belle à son œuvre pour piano, Helmut Lachenmann détaillait dimanche les motivations de sa démarche exploratoire.

Elève de Luigi Nono, auteur de nombreuses pièces symphoniques ou de chambre, ce grand échalas à la barbe professorale privilégie dans son travail le détournement de l'instrument traditionnel, lui substituant ce qu'il nomme son «instrument imaginaire».

Soit une manière de s'approprier, à la suite des pianos préparés de Cage, les sonorités parasites ou inhabituelles d'un instrument. Dans ses quatuors à cordes, par exemple, le compositeur fuit le «beau son» pour privilégier un jeu frappé, martelé et grinçant comme celui d'un néophyte.

Illustration faite quelques instants plus tard avec l'interprétation de deux pièces pour piano utilisant tantôt les registres extrêmes de l'instrument, tantôt la résonance de ses harmoniques ou l'aspect brut de grappes de sons martelés par les avant-bras de la pianiste Yukiko Sugawara. Un programme complété par le trio «Allegro Sostenuto» qui voit les sons du piano, de la clarinette et du violoncelle s'interpénétrer et se contaminer pour composer la sonorité radicalement autre de l'un de ces «instruments imaginaires». Fascinante recherche de sonorités inouïes, l'œuvre de Lachenmann ne peut véritablement mettre en place cette fusion que si l'auditeur l'appréhende les yeux fermés, sans chercher à en décortiquer les mécanismes de production. Une attitude hélas susceptible d'entrer en conflit avec le plaisir visuel du concert classique.

Festival Archipel, Genève jusqu'au 1er avril. Ce soir remix du film Moby Dick, Alhambra à 20h30. Rens. 022/329 24 22