Série TV

«Helvetica», une espionne sous la Coupole fédérale

La RTS dévoile ce soir sa nouvelle série, qui raconte l’histoire d’une femme de ménage au Palais fédéral prise dans un scandale d’Etat. Un scénario dense mais qui tient ses promesses, et nous en haleine

Tina, quadragénaire d’origine kosovare, est nettoyeuse au Palais fédéral. Du hall magistral aux salles de réunion, elle promène son lourd chariot… et ses oreilles. Car cette mère de famille sans histoire se retrouve projetée, sans crier gare, au cœur d’un vaste scandale d’Etat.

Confronter une femme de ménage aux crasses du pouvoir: les prémices d’Helvetica, nouvelle série RTS et sortie attendue de l’automne, suffisent à titiller. Mais ce tout premier thriller d’espionnage romand, signé du réalisateur Romain Graf, ne s’en tient pas là. Car aux intrigues au parlement se mêlent un incident diplomatique, des soupçons de trafic d’armes, un drame familial… On le comprend dès les premières minutes: le scénario d’Helvetica, dévoilée en avant-première ce samedi au GIFF et diffusée dès le 7 novembre sur RTS 1, est dense et ambitieux.

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Otages et mafieux

C’est une séquence fictive du TJ qui aide à planter le contexte: un groupe d’otages, dont un diplomate suisse et un leader local, est retenu au Yémen depuis deux mois. Leur libération est pourtant indispensable aux pourparlers pour la paix dans le pays, entre Yéménites et chiites, que chapeautent la Suisse et sa conseillère fédérale, Kathy Kunz (Ursina Lardi). Du théâtre géopolitique, on passe sans transition au théâtre individuel. Tina (Flonja Kodheli), qui passe la panosse sur les marches du grand hall, reçoit un coup de téléphone: «Dans dix minutes, ton père est mort.»

Le vieil homme est heureusement vivant mais il lui livre un message menaçant: pour rembourser une dette contractée des années auparavant auprès de passeurs, un mafieux albanais exige que Tina lui rende un service – à savoir qu’elle lui ouvre des portes, au sens propre, sous la Coupole. De son côté, Rainald Mann (Roland Vouilloz), policier antiterroriste un peu bourru, organise une descente dans une mosquée mais fait chou blanc. Ou plutôt, il interpelle par erreur un dignitaire qatari, ce qui ne manque pas de créer des tensions dans les hautes sphères politiques.

Fin portrait

Le fil qui noue la gerbe? C’est un peu ce qu’on cherche dans le premier épisode d’Helvetica. Les visages, les noms se succèdent, avec cette vague impression de passer du coq à l’âne. Une trame en particulier, qui concerne la fille de Tina, semble avoir été fabriquée juste pour décrocher le label #MeToo.

Et puis lentement, les rouages de la série se mettent en place. Dur de tout décoder, comme le rôle de ce djihadiste ou les liens entre ces deux politiciens, mais cela ne gâche pas pour autant l’immersion au cœur du Palais fédéral – l’Université de Berne en réalité, à défaut d’avoir obtenu les autorisations pour filmer. Et au cœur du pays tout court.

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Car si l’arène politique suisse a été quelque peu James Bond-isée – les tressaillements de la formule magique ne seraient, il est vrai, pas trépidants à l’écran –, Romain Graf esquisse un fin portrait de la Suisse, plurielle, cosmopolite, complexe. Tournée en français, suisse-allemand, albanais et arabe, Helvetica met en scène les diasporas qui cohabitent, les différends culturels, les écarts socio-économiques aussi.

Fantômes du passé

Les personnages sont multifacettes eux aussi et celui de Tina, particulièrement réussi. Flonja Kodheli, actrice belge d’origine albanaise, incarne avec délicatesse et retenue cette immigrée parfaitement intégrée, mari suisso-suisse et villa mitoyenne, que certains s’obstinent à traiter comme une illettrée. Et dont le passé, sous la forme d’un père instable, revient régulièrement la tourmenter.

Helvetica n’a pas volé son étiquette de thriller. On y parlemente beaucoup – le lieu s’y prête –, mais sans bouder les moments de tensions et rebondissements. Et si la série s’avère somme toute assez classique, empruntant parfois à La Taupe, parfois à La Vie des autres, elle est efficace, alternant répliques solides et vues aériennes léchées.

Coproduits par l’équipe de Rita Productions, les six épisodes, d’environ 50 minutes chacun, cassent l’image d’une Suisse politiquement correcte, carrée, paisible. Helvetica montre qu’ici aussi, il peut y avoir du grabuge, et qu’ici aussi, les séries peuvent le raconter sans ennuyer. Après visionnement des trois premiers épisodes, on se réjouit de voir se dérouler ce fol engrenage à la sauce bernoise. En espérant secrètement la revanche de la «boniche» sur les puissants.


«Helvetica», série en six épisodes diffusés dès le 7 novembre sur RTS 1 et en intégralité sur PlayRTS.

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