Beaux-arts

Henri Presset, sculpteur et graveur genevois, est décédé vendredi

Au centre de son œuvre, l’humain. De nombreuses sculptures lui survivent, présences au coin des rues, dans les cours d’école, à Genève et ailleurs

Fin mars, quand nous avions vu son exposition à la Galerie Ditesheim & Maffei Fine Art de Neuchâtel, nous avions eu envie de rencontrer Henri Presset. Parce que les œuvres nous avaient touchée sans doute. Mais aussi parce que, dans le train du retour, nous avions feuilleté cet épais livre bleu qui retrace sa carrière d’artiste jusqu’en 1999. Ou du moins son «œuvre sculpté», la gravure faisant l’objet d’autres publications. Et nous ­avions réalisé à quel point Henri Presset faisait partie de ces artistes présents dans notre quotidien, parce que leurs œuvres figurent dans l’espace public.

Cette rencontre a eu lieu au mois de mai. Henri Presset nous a reçue chez lui, dans la maison de Chêne-Bourg où il vivait avec Claude Albana, son épouse céramiste, depuis 1957, et où ont grandi leurs filles. La maison avait été accolée à l’atelier récemment bâti, tout comme le sera l’atelier de Claude Albana. Celle-ci nous avait prévenue au téléphone. Son mari avait beaucoup donné pour cette exposition neuchâteloise qui lui tenait à cœur. Aux dépens de sa santé. Sur le faire-part qui annonce son décès, dans sa 85e année, quelques vers de Jaccottet le disent: «Je crois n’avoir pas fait autre chose/que creuser ainsi, tout près de moi;/refusant au souci de la mort/de me faire lâcher mon outil.»

Cette rencontre, nous souhaitions «l’angler», comme on dit dans le jargon journalistique. Il s’agissait de revenir avec l’artiste sur ses œuvres visibles par tous, installées là parfois depuis près de soixante ans, comme le tympan principal de la basilique Notre-Dame, à Genève, réalisé à la fin de ses études aux Beaux-Arts de Genève. Ou, à deux pas de là encore, cet immense dessin de béton sur la façade du Théâtre Saint-Gervais, et encore ce Télégramme poétique inscrit dans le sol, près de la poste de Montbrillant, accompagné de trois fines silhouettes. Une œuvre de métal celle-ci, comme la rampe d’escalier du Collège Calvin, supportée par une quarantaine de ces figures qui sont devenues la signature de l’artiste. L’humain était en effet clairement au centre de ses recherches.

Mais Henri Presset avait envie de parler de tout et pas seulement d’art dans l’espace public. De ce qu’il était en train de faire pour commencer, qui n’avait pas cette dimension puisqu’il s’agissait de gravures pour des éditions de poésie au Tessin. «Quand j’ai eu mon attaque cérébrale, en 1986, j’ai dû réapprendre à parler. Je pense que ça m’a donné le goût de la langue, de la poésie», nous avait-il dit. Il lisait donc Sapho, et Louise Labbé, griffonnait des idées au stylo-bille bleu dans son carnet à petits carreaux. Il était heureux de lire des femmes. «Pendant longtemps, elles n’ont pas été acceptées dans les associations de peintres et de sculpteurs. Mais Vieira da Silva, par exemple, c’est quand même quelque chose, non? Je l’ai rencontrée. Elle était formidable.»

Des femmes, des hommes, il en a tant sculpté, dessiné, gravé. Non pas comme une somme d’individus mais comme des présences au monde, qui se dressent ou se recroquevillent, genoux pliés contre le corps, ou encore s’enlacent, s’emboîtent. Henri Presset savait, dans un jeu entre les vides et les pleins, les rondeurs et les écarts, figurer l’intimité du couple.

Ses personnages stylisés, dépouillés, sont d’avant-hier et d’aujourd’hui. Dans l’enveloppe de fer ou d’acier Corten qui les constitue, il ne fait nul doute que le sculpteur a réussi à enfermer une énergie qui sourd et palpite, une force de vie. Henri Presset depuis longtemps construisait, assemblait, soudait plutôt que modelait. Il l’avait fait avec des grosses pierres moulées dans le plâtre, avec des chaussures, moulées aussi, mais c’est bien l’enveloppe de métal, adoucie par la patine du temps, qui était devenue son matériau de prédilection.

Voilà trois ans, c’est le Musée d’art et d’histoire de La Chaux-de-Fonds qui lui offrait sa dernière grande exposition. La nouvelle directrice des lieux, Lada Umstätter, renouvelait ainsi l’hommage que le même musée avait rendu au Genevois en 1988. A l’époque, la rétrospective avait aussi été présentée au Kunsthaus d’Aarau et au Musée Rath à Genève. Depuis, l’artiste a été un peu oublié dans son canton. Mais ses figures veillent, offrent leur présence, leur témoignage d’humanité, bien au-delà des modes et des désenchantements.

Ses femmes et ses hommes sont des présences au monde, qui se dressent ou se recroquevillent

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