Henry David Thoreau, traité comme un prince par les éditeurs

Genre: écrits de jeunesse
Qui ? Henry David Thoreau
Titre: Vivre comme un prince
Trad. de l’américain par Thierry Gillybœuf.Préface de Michel Onfray
Chez qui ? Climats, 175 p.

Un homme des bois. Un promeneur solitaire. Un Rousseau panthéiste. Un philosophe-citoyen qui inventa la désobéissance civile. Un précurseur des mouvements protestataires et de la vague hippie aux Etats-Unis. Nombreuses sont les images qui viennent à l’esprit pour évoquer l’indispensable Thoreau (1817-1862), l’un des piliers de la culture américaine. Depuis quelques années, il est redevenu une manne pour les éditeurs français qui remettent son œuvre à flot, avec des traductions inédites et des présentations nouvelles. Celles de Michel Onfray, par exemple, qui préface aux éditions Climats deux livres de Thoreau. Le premier, Vivre comme un prince, rassemble une vingtaine d’écrits de jeunesse, à l’époque où il étudiait à Harvard. D’un texte à l’autre, on est surpris par la maturité de ce mousquetaire qui ne se contente jamais d’imiter les auteurs qu’il découvre mais qui, au contraire, nourrit sa pensée de ses propres expériences et de sa contemplation des paysages américains. Avec deux objectifs, que résume Onfray: «Refuser les fausses valeurs de la civilisation et prôner les vraies valeurs de la nature».

Penser sa vie, vivre sa pensée

En même temps, voici, réédité chez Climats, le chef-d’œuvre de Thoreau: Walden ou la vie dans les bois. Publié en 1854 par celui qui sut, dans le même mouvement, penser sa vie et vivre sa pensée, ce livre «enseigne la vraie révolution, celle qui permet, en se changeant et en invitant autrui à se changer, de changer l’ordre du monde», note Onfray. Dans ces 28 chapitres qui ont suscité tant d’exégèses – et fait tant de disciples! –, Thoreau raconte les deux années (1845-1847) qu’il a passées dans une cabane au bord du petit étang de Walden, au cœur du Massachusetts. Au fil des saisons, il mêle autobiographie et philosophie pour expliquer comment, au contact du monde animal et végétal, l’individu peut se métamorphoser en inventant une éthique qui s’harmonise avec la nature. Et en pratiquant une «médecine eupeptique» – une thérapie intime capable de «produire du bon et du bien». Parfois, le texte tourne au pamphlet lorsque l’ermite de Walden se met à fustiger les préjugés de son temps, les ravages de l’argent ou les méfaits de la technologie dans un pays qui commence à s’industrialiser sans respecter l’environnement. «La terre que je foule aux pieds n’est pas une masse inerte et morte, elle est un corps, elle possède un esprit», écrit Thoreau dans ce livre culte qui, au-delà du traité naturaliste, allait devenir un manuel de sagesse à l’usage des révoltés et des contemplatifs.

L’étoile pour guide

L’autre œuvre incontournable de Thoreau est son monumental Journal, dont les éditions Le Mot et le Reste ont sélectionné les pages les plus significatives en un seul volume couvrant plus de deux décennies – entre 1837 et 1861. «N’allez pas encombrer le marin de trop de détails et laissez-le ne jamais perdre de vue l’étoile qui lui sert de guide», écrit le diariste au détour de ces confidences où il se nourrit de «toute la moelle de l’existence» pour offrir à ses lecteurs une méditation à ciel ouvert. Et un merveilleux art de vivre. «Walden ou la vie dans les bois»,trad. Germaine Landré-Augier.Préface de Michel Onfray. Climats, 415 p.«Journal», trad. Brice Matthieussent, Le Mot et le Reste. 650 p.