Un balcon ou un rebord de fenêtre qui évoquerait la nature changeante, aux antipodes du bac à géraniums et de la corbeille pascale qui envahit en ce moment les jardineries? C’est possible, en mélangeant plantes vivaces et semis véloces, on peut créer un morceau de nature cultivée dans la plus urbaine des situations. Les outils indispensables: un peu de patience, du bon sens et de la curiosité.

D’abord les vivaces. Elles sont ce peuple de l’herbe et de la fleur qui refleurit tout seul chaque année, issu autant de la nature que de la culture horticole, des champs helvétiques que des steppes lointaines. Vénérées des professionnels horticoles, producteurs et vendeurs, elles ne représentent qu’une faible part du marché des plantes de jardin (23% chez Migros en 2009), encore largement dominé par les plantes annuelles, bégonias et autres géraniums, produits sous serre un peu partout en Europe, y compris en Suisse. Chez les producteurs-vendeurs comme Schilliger à Gland, la part des ventes est encore plus faible: «10% de nos ventes totales de végétaux, mais ce taux est en progression constante», selon Hélène Schilliger, patronne de l’entreprise du même nom qui vend quelque 800 variétés de plantes, pour l’essentiel produites à Gland.

Le tout-vivace

L’étroitesse du marché ne décourage pas la plupart des producteurs horticoles locaux, qui lui réservent presque toujours un peu de leur temps et de leur terre, par passion et dans l’espoir d’un développement ultérieur. Certains – rares – franchissent même le pas du «tout-vivace», produisant et commercialisant leurs variétés favorites comme Xavier Allemann qui a lancé L’Autre jardin à Cormérod il y a six ans. De la haute couture horticole. Entreprise raisonnable? Passionnée en tout cas. Surtout en terre romande, où l’on est bien moins familier de la vivace qu’outre-Sarine. Mais la tendance est là, et les lieux d’inspiration ne manquent pas. Se promener par exemple sur la couverture du M2 à Lausanne entre Gare et Ouchy vous file une folle envie de graminées (toujours très cotées), de grandes verveines de Buenos Aires et de généreux hortensias… Certes, un tel modèle d’opulence n’est pas transposable sur un balcon, mais la plus délicate des situations trouvera son hôte, pour autant qu’on prenne la peine de chercher la bonne plante pour les conditions qu’on peut lui offrir. En ce moment, à moins de s’y connaître un peu, les images en couleurs ornant les godets qui semblent peu habités (la plantule dort encore) ne déclenchent pas forcément l’envie de débourser entre 4 et 6 francs pièce, ce prix augmentant à mesure que la plante grandit.

Et pourtant, elles les valent bien: souvent issues de culture locale (Migros achète 60% de ses vivaces en Suisse), écologiques car elles ne nécessitent pas de chauffage ni d’abri, elles sont économiques puisqu’elles repoussent chaque année. Et le choix infini de variétés permet de composer des jardins et des balcons beaux toute l’année, selon Hélène Schilliger. Que demander de plus?

Les tendances

«La demande est forte sur les lavandes, les aromatiques vivaces et toujours les graminées qui sont faciles à vivre, sans entretien et qui donnent cet aspect léger et sauvage très apprécié», dit-on chez Schilliger.

Et d’ajouter à la liste des meilleures ventes les échinacées, avec de nouvelles teintes qui vont du jaune vif au vert ou bicolore, de l’orange à la couleur mangue. Puis les résistants et florifères géraniums vivaces, les astilbes, le lierre tout simplement et les plantes grasse telles que les pourpiers, orpins et joubarbes.

Semis véloces

Plus anecdotiques mais impressionnants à voir pousser, ces semis d’annuelles ont fait et feront encore les belles heures des jardins éphémères. Ils sont parfaitement adaptés au balcon: le houblon (Humulus lupulus/Aureus), une grimpante à feuilles de cannabis doré comme une bière blonde, qu’on voit presque grandir à l’œil nu; l’ipomée (Ipomea indica) qui fait de belles fleurs bleu sombre et habille un treillis en un rien de temps. Quant aux ancestraux lin et pavot (Linum usitatissimum et Papaver somniferum/Planète rouge du Jura), tous deux commercialisés par Pro Specie rara, ils sont faciles à faire pousser. Les semer, c’est participer au maintien de la biodiversité.

«La demande est forte sur les lavandes, les aromatiques vivaces et les graminées faciles à vivre»