Tout commence avec l'arrivée de canards dans la piscine de Tony Soprano. Le boss du clan mafieux du New Jersey voit s'ouvrir une faille qui le talonnera durant six saisons, lui qui ne rêve que de l'Amérique de Gary Cooper, «quand on ne pleurnichait pas». Lui, aussi, qui ne se départira pas de son rôle, allant jusqu'à éliminer de sa main des proches devenus gênants.

Ce ton détaché des Soprano, précis et loin de tout jugement, a peut-être été rendu possible par Profit, série fulgurante de 1996, dans laquelle Adrian Pasdar (Heroes) campe Jim Profit, un arriviste prêt à tout pour gravir les échelons de sa compagnie, qui couche au demeurant avec sa belle-mère. Les fleurs du mal pouvaient s'épanouir. En France, dans l'excellente Engrenages, la capitaine Laure Berthaud est plongée dans le dilemme du respect de la loi ou de l'efficience maximale - elle penche souvent pour la seconde option. Dans son hôpital, Gregory House traîne sa misanthropie, sa misogynie et son addiction à la codéine en brutalisant ses assistants - comme ses patients - sans état d'âme, exerçant la médecine à la manière d'un entomologiste. Quant à Henry VIII vu par Michael Hirst, créateur des Tudors, c'est avant tout un coureur de jupons - ou de vertugadins, ce qui n'était guère plus pratique - ainsi qu'un ambitieux prêt à la guerre pour laisser sa trace. Un roi qui ouvre des hospices ou des académies entre-t-il dans l'histoire, demande le jeune monarque à son conseiller, Thomas More. Les scénaristes, vraiment, n'ont plus de morale.