Culture

Hervé Klopfenstein, une baguette magique dans l'ombre

Un travailleur de l'ombre. Hervé Klopfenstein n'a jamais couru après le

Un travailleur de l'ombre. Hervé Klopfenstein n'a jamais couru après le succès. «Je n'aime pas les avions ni les aéroports.» Et pourtant, ce sont des générations d'individus – médecins, ingénieurs, étudiants – qui ont passé entre ses mains. Qui ont bu ses paroles lorsque le chef d'orchestre les initiait à la grande musique. Qui ont appris à dominer leur trac pour jouer, eux aussi,dans des vaisseaux symphoniques.

Remords, culpabilité? Certains diront que ce prix salue un effort trop longtemps ignoré. Qu'au-delà de son aura, Hervé Klopfenstein représente toute la corporation de musiciens non professionnels – quel que soit leur mérite artistique. «Pendant longtemps, les orchestres d'amateurs n'étaient pas très bien regardés.» Plutôt que de s'en offusquer, le chef note la «manie» qui consiste à mettre dos à dos les orchestres professionnels et non professionnels. «Aujourd'hui, les acteurs culturels en marge des institutions sont mieux respectés qu'il y a quinze ans.» Au point qu'il salue ce prix comme «la reconnaissance des orchestres non professionnels qui ont désormais leur place dans la cité, malgré les politiques élitaires».

C'est dire combien l'homme, au fil des années, a su insuffler sa passion en jonglant avec deux casquettes – celle du pédagogue et celle du chef d'orchestre. «Pour moi, tout l'art consiste à changer de tablier.» Et d'évoquer ces Herr Professor qui ne parviennent pas à dépasser le stade purement verbal dans leurs explications. «Il y a tout un domaine de parapsychologie dans l'enseignement de la musique qui touche au non-verbal, déclare-t-il. J'aime la pédagogie: elle nous incite à aller plus loin face aux interrogations, à intégrer l'analyse au geste, en passant par le corps, par les inhibitions.»

Appétit insatiable

Né en 1957, d'abord flûtiste avant de se découvrir une vocation de pédagogue et de chef d'orchestre, Hervé Klopfenstein a consacré ses derniers vingt ans aux musiciens amateurs. Il dirige l'Orchestre symphonique et universitaire de Lausanne et l'Orchestre symphonique genevois. Tout cela forme une communauté qui ne manque pas d'appétit. «S'il y a une quinzaine d'années, je dirigeais des Symphonies de Beethoven, aujourd'hui mes musiciens me demandent de jouer Bruckner, Mahler, Chostakovitch, jusqu'au Sacre du printemps de Stravinski.» Comme nul n'est prophète en son pays, il se réjouit que France Musiques l'ait invité récemment pour parler de son dernier enregistrement (avec le pianiste Christian Favre, le violoniste Gyula Stuller et le violoncelliste François Guye). «Jamais je n'aurais pensé que l'Orchestre symphonique genevois serait un jour distribué à la FNAC.»

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