Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Avec l’Orchestre de chambre de Genève, Hervé Niquet a donné de belles couleurs à Brahms, à défaut de briller dans Wagner et Mahler.
© Olyrinx

Classique

Hervé Niquet sort l’Orchestre de chambre de Genève des rails

Le chef baroque a emmené l’OCG en terres romantiques et germaniques dans un parcours inégal

L’idée ne manquait pas d’intérêt. Entraîner le chef du Concert Spirituel Hervé Niquet hors des sentiers baroques, avec un orchestre tout terrain, ne pouvait qu’être enrichissant pour tous. Le musicien polyvalent ne se cantonne plus depuis longtemps dans le répertoire purement ancien, qu’il défend avec talent et passion depuis trente ans. L’époque et le style du grand Motet français constituent pourtant sa véritable langue maternelle.

Un programme d’œuvres de trois compositeurs emblématiques du haut romantisme et du post-romantisme germaniques, voilà qui ouvrait très large les portes de l’interprétation historiquement informée. L’Orchestre de chambre de Genève (OCG) s’est lancé dans l’aventure. Hervé Niquet, toujours friand d’expériences nouvelles, lui a emboîté le pas. Le résultat? Plutôt mitigé selon les pièces abordées.

Tiraillé entre deux tendances

En ouverture de soirée: Siegfried Idyll de Wagner. Soit un bijou de tendresse et de finesse. L’œuvre, prévue pour treize instruments, se voit déjà diluée dans sa version élargie à une trentaine de musiciens. Dans cet agrandissement orchestral, Hervé Niquet semble flotter, comme tiraillé entre deux tendances. Son geste empirique, qui donne le meilleur dans l’entrain d’élans vifs ou voluptueux, fige ici le discours plus souvent qu’il ne libère l’émotion. La veste noire à paillettes, au col haut et à la taille ajustée n’y fait rien: cette idylle-là sonne joliment mais résonne serré.

On se disait que les Fünf frühe Lieder de Mahler transcrits par Luciano Berio en 1986 pourraient apporter une touche plus colorée et imaginative. C’était compter sans le baryton Benoît Capt, chanteur précis mais interprète sans grand rayonnement. Tout est en place, le ton est sobre, le mot juste. Mais où se cache l’incarnation de la fraîcheur et de l’espoir (Abslösung im Sommer), de l’affliction et de la tristesse (Zu Strassburg auf der Schanz), de la douleur et de l’abattement (Nicht Wiedersehen), de l’humour et de la légèreté (Um Schlimme Kinder artig zu machen) ou de l’amour et du désir (Erinnerung)? Tout se trouve lissé dans un chant monochrome, sur un timbre trop clair pour l’accompagnement couvrant de l’orchestre.

Sonorités et nuances remarquables

Reste donc la Sérénade No 1 op. 1 de Brahms, pièce maîtresse du programme. Hervé Niquet y déploie tout son savoir-faire d’aiguillonneur et de meneur. L’OCG le suit avec un engagement sans faille, et délivre des sonorités et des nuances remarquables. Avec moins de soufflements sonores et de tournoiements débridés, le chef permettrait à l’auditeur une condition d’écoute encore meilleure pour bénéficier de l’énergie et de la vitalité musicale qui animent tous les pupitres.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps