Classique

Hervé Niquet et Vivaldi: la musique du plaisir

Le chef français, son Concert spirituel et un chœur féminin ont offert à Genève un concert rayonnant

De Vivaldi, Les quatre saisons et autres pièces profanes ne sauraient cacher la forêt d’une production autrement heureuse. Les partitions sacrées du prêtre roux regorgent de trésors. Particulièrement celles conçues à voix égales pour le chœur de femmes du Seminario musicale dell’Ospedale della Pietà de Venise.

Ces merveilles, Hervé Niquet et son Concert spirituel les polissent depuis des années. Pour célébrer leurs trente ans, les musiciens et leur chef promènent certaines de ces pièces sur les scènes internationales. A Genève, mercredi, le Victoria Hall a eu la chance d’accueillir des «Splendeurs vénitiennes» bien nommées.

Il ne faut pas être musicologue spécialisé dans ce répertoire pour en savourer toute la fraîcheur, la vitalité, la naïveté, l’éloquence et l’habileté d’écriture. Hervé Niquet connaît trop le prix de la rareté pour la galvauder. Il en extrait joyeusement tout le suc et en revitalise les innombrables saveurs et couleurs, lançant son Concert spirituel enrichi d’un chœur féminin sur les chemins du plaisir musical.

Hervé Niquet en officiant gourmand

Le geste élémentaire mais efficace, l’énergie impérieuse, Hervé Niquet arpente la scène devant les pupitres pour insuffler les mouvements. Sa redingote sombre pailletée lui donne des airs de prêtre décalé. Ce qu’il est. En officiant rigoureux mais gourmand, respectueux des textes mais jouisseur de leurs effets, le chef «baroque» transmet tout ce qui se niche dans la musique de Vivaldi. Sa force d’évocation, son harmonie rayonnante, ses tensions menées et résolues à un sommet d’expressivité, ses volte-faces joueuses et sa profondeur de sentiments.

Avec le chef français, l’auditeur est invité à un voyage ludique et historique. Quelques commentaires humoristiques (Jean-Jacques Rousseau stupéfait devant la révélation des visages cachés des angéliques choristes lançant un tonitruant «Mon Dieu, mais c’est l’enfer!») précèdent un départ décomplexé vers la sortie, en continuant de battre la mesure. Trois petits tours et puis s’en vont…

Gloria per l’ospedale, Magnificat, psaumes, «Ouverture» ou Sinfonia ont filé comme le vent. Un zéphyr fouettant, rafraîchissant, lumineux et consolant.

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