«Frère Jacques, frère Jacques…» Devant la Crique, jeudi soir, les premiers rangs d'une foule dense entonnent la vieille chanson, en canon, comme un appel. Derrière la toile de cirque, les saltimbanques mettent au point leurs numéros avec Jacques Higelin. Enfin, après une bousculade, tout le monde se serre dans le demi-cercle. Sans façons, Jacques Higelin entre en piste et va s'asseoir avec deux complices devant un verre de vin, entre les vieilles caravanes qui servent de décor à la Crique. Deux danseuses de flamenco donnent son tempo à la soirée: magique!

Jacques Higelin prend sa guitare. Dominique Mahut, vieux complice, est aux percussions. Le chanteur entame «Y a pas de mot». Mais c'est bien plus qu'un concert: à chaque chanson répondra un numéro de cirque. Le chanteur se met au clavier pour «Chambre sous les toits» et deux gracieuses trapézistes enchaînent les figures. La soirée a été préparée à la hâte. De temps à autre, le maître râle un peu, pas vraiment en colère: «Le canal des violons ne fonctionne pas. Quelqu'un pourra-t-il m'aider dans mon immense détresse?» Même ces accrocs techniques donnent l'impression d'assister à un moment exceptionnel.

Après ces deux titres du dernier disque, Paradis païen, voilà «L'aéroplane blindé» qui décolle, accompagné d'un délice de loopings effectués par un duo de clowns armés d'un grand avion de papier. Puis «Irradié» (Je suis le sage, le fou, le débile) rythme la prestation d'un funambule sur un long bambou. Higelin se ressert un verre de vin: «C'est magnifique de voir ses chansons se mettre à vivre. Le cirque, c'est la rigueur et la liberté.» Et c'est reparti pour une balade au petit matin au «Parc Montsouris». «Là, j'adorerais faire un saut périlleux.» Et hop, un clown improvise une caracole sur la piste avant une pantomime étrange entre un auguste – un clodo du parc – et une noire silhouette sans tête.

Entre deux chansons, Higelin improvise de courtes histoires poétiques et triviales: «La lune commence à être ronde. C'est parce que je l'ai n… un peu trop fort.» Il y a aura encore «Champagne» et «Tête en l'air». Et des jongleurs pleins d'humour. Et des flambeaux pour accompagner la danse d'une araignée géante qui déposera un baiser sur le front du chanteur. Tout le monde repart le cœur ébloui, hésitant à rejoindre une autre scène. Retour à la Crique plus tard pour le spectacle des Arrosés. A l'arrière-scène, dans l'ombre, Higelin regarde ses copains saltimbanques. Il sait que le lendemain, certains prépareront quelques interventions pour son récital.