Elle incarne le nouveau visage de la musique classique: un visage au regard pénétrant, empreint de naturel. Ce n'est pas un hasard si le Verbier Festival & Academy, qui s'est fait une spécialité des jeunes interprètes, a choisi Hilary Hahn, 19 ans, comme soliste de sa soirée d'ouverture. A peine débarquée dans la station valaisanne – et malgré la fatigue du voyage depuis les Etats-Unis –, la jeune Américaine affronte en souriant la ronde des journalistes et des photographes, se prête volontiers aux séances de pose, répond à toutes les questions avec une patience angélique. En deux disques magnifiques pour Sony et une poignée de concerts rigoureusement sélectionnés, Hilary Hahn s'est imposée comme l'une des meilleures violonistes de sa génération.

Sa force? La patience. Née à Baltimore (Maryland), elle commence le violon avant son quatrième anniversaire, grâce à la méthode Suzuki. Deux ans plus tard, premier concert. A 10 ans, elle est remarquée par Jascha Brodsky, vieux professeur respecté du Curtis Institute de Philadelphie. Grâce à la protection rapprochée de son père, qui la suit partout, elle a su gérer à la perfection ses années d'apprentissage. L'enseignement rigoureux de Brodsky, lui-même disciple des légendaires Eugène Ysaÿe et Efrem Zimbalist, fait le reste. Désormais prête à affronter les difficultés d'une carrière internationale, elle inaugure ce soir la sixième édition du Verbier Festival & Academy avec le Concerto pour violon de Beethoven, œuvre qu'elle a enregistrée en compagnie de son mentor David Zinman.

Le Temps: Vous accédez à la notoriété très jeune, mais dans les meilleures conditions possibles. Comment s'est déroulée la transition entre les études et vos débuts sur la scène internationale?

Hilary Hahn: Tout s'est déroulé de façon très progressive. J'ai eu la chance d'être entourée de personnes qui ont su me conseiller. Pendant mon adolescence, je n'ai jamais donné trop de concerts, et j'ai ainsi pu suivre une scolarité normale. Puis j'ai rencontré Jascha Brodsky. Il avait 83 ans, c'était une personnalité merveilleuse, qui appelait tout le monde «sweetheart», mais aussi un professeur très exigeant. Il insistait avant tout sur l'honnêteté de l'interprétation. Le chef d'orchestre David Zinman m'a aussi beaucoup aidée. Il a été mon mentor pendant plusieurs années. Malgré son emploi du temps très chargé, je jouais pour lui régulièrement. L'Orchestre de Baltimore a même fonctionné comme un agent pour moi, pour m'éviter d'avoir de mauvaises expériences, de commencer trop tôt et de courir le risque de me «brûler» rapidement.

– Vos deux premiers disques frappent par un rare équilibre entre spontanéité et maturité…

– J'ai insisté auprès de Sony pour enregistrer les œuvres en longues sections, répétées plusieurs fois d'affilée. J'ai ensuite soigneusement sélectionné moi-même les prises que je préférais, pour m'assurer qu'elles correspondaient à ma vision des œuvres. Thomas Frost, mon producteur (qui a notamment produit les derniers disques de Vladimir Horowitz, n.d.l.r.), s'est révélé un guide précieux; mais je suis la seule à savoir ce que je veux et c'est à moi que revient la décision finale. J'ai beaucoup écouté les grands violonistes du passé, Grumiaux, Heifetz, Elman ou Milstein. Contrairement à une idée répandue, je pense que les limites sonores des enregistrements de l'époque constituent un avantage: on entend les musiciens dans toute leur authenticité, sans les possibilités inouïes de montage que permettent les enregistrements d'aujourd'hui, et qui travestissent la réalité.

– Bach pour votre premier disque solo, le «Concerto» de Beethoven pour votre premier disque avec orchestre: pourquoi avoir choisi un répertoire aussi «exposé»?

– J'ai simplement opté pour les œuvres que je connaissais le mieux. Mais je suis curieuse de tout: j'ai par exemple couplé Beethoven avec la Sérénade de Bernstein, une œuvre peu connue. Et je viens d'enregistrer le célèbre Concerto de Barber, qui aura pour compagnon une œuvre écrite à mon intention par le compositeur Edgar Meyer, mieux connu dans les milieux folk comme contrebassiste de bluegrass!

Hilary Hahn, en concert à Verbier, le 16 à 19 h, Salle Médran, les 21 et 22 à 11 h, le 26 à 19 h, Eglise.