«Le hip-hop était mon pote/ Mais nous nous sommes perdus de vue.» Quand Fuzati condamne en rap la musique qui irrigue les artères de son Klub des Loosers, il ne faut pas se méprendre sur un tel avis de décès. S'il est mort aux oreilles du rappeur versaillais, c'est que le hip-hop a subi, depuis sa naissance new-yorkaise au début des années 80, un parcours similaire à celui du rock'n'roll.

Expression du ghetto noir américain, le genre rebelle, affirmation musicale d'une catégorie raciale et sociale défavorisée, a rapidement conquis un large public, sacrifiant au passage son esprit d'insolence et d'innovation. Omniprésent sur MTV, le rap tel que le conçoit aujourd'hui l'industrie du disque n'est plus qu'un succédané sclérosé de sa splendeur passée. Mort, donc, le hip-hop?

Non, si l'on considère que la dilution du rock'n'roll originel permit à Elvis, puis aux Beatles, de changer la face du monde. En crise de croissance, le rap s'invente pour l'heure une dissidence. Des labels indépendants Anticon (Sage Francis, Dose One) ou Stones Throw (Madvillain, Peanut Butter Wolf), indifférents à la question raciale, surgit depuis quelques saisons un rap audacieux, introspectif et innovant, débarrassé des fantasmes propagés par les vidéo-clips saturés de chaînes en or et de pépées siliconées. Issu de cette école, le rappeur blanc Eminem connaît un succès planétaire avec un phrasé virtuose et des textes introspectifs et cyniques.

Equivalent francophone de cette alternative passionnante, le rap lettré du Klub des Loosers retrouve, par la bande, l'esprit radical du hip-hop des origines. Ici encore, il s'agit de dire la vérité du mal-être urbain, qu'il émane des artères malades du Bronx ou des ruelles cossues de Versailles.