Spectacle

Le hip-hop londonien qui fera vibrer Plainpalais

Cet automne, le skatepark de la plaine se muera en théâtre pour accueillir un spectacle pluridisciplinaire dédié aux arts de la rue. Des danseurs urbains venus d’Angleterre, qui feront partie de la troupe, répètent actuellement à Genève

Il est couché sur le dos, sa poitrine se soulève et retombe dans une puissante vague. Elle s’approche de lui à quatre pattes, sensuelle, animale. Les danseurs entament alors une ronde magnétique. «Un duo pareil, on ne voit jamais ça en hip-hop en temps normal, parce que la femme y est totalement masculinisée», s’enthousiasme Nicolas Musin. Assis dans l’obscurité de l’aula du Centre des Arts, le chorégraphe observe la répétition avec un mélange de fierté et de fascination. Qu’il leur traduit en anglais.

En septembre prochain, les deux artistes londoniens investiront, sous sa houlette, le skatepark de Plainpalais, dans le cadre d’un grand spectacle dédié aux cultures de la rue. À leurs côtés, vingt autres danseurs, deux comédiens ainsi qu’une quinzaine de riders (pratiquant les sports de glisse comme le skate-board) évolueront dans les cratères de béton. Proposé par l’association La Compagnie urbaine, le show promet de transformer ce coin de la plaine genevoise en un vrai théâtre en plein air. Le tout accompagné par des jeux de lumière et du mapping vidéo.

Instinct primaire

Un mélange des disciplines et des genres, c’était le souhait de Nicolas Musin, metteur en scène du spectacle. «La culture urbaine n’étant pas uniforme, l’événement se devait d’être à son image et d’intégrer des artistes d’horizons divers», relève-t-il. Une hétérogénéité que l’on retrouve jusque dans les pas de danse, puisque le chorégraphe belge s’est mis en tête d’allier le monde du hip-hop et celui de la création classique, dont il est issu.

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Ancien petit rat de l’Opéra de Paris, mais fortement influencé par les rythmes d’Afrique, où il a passé une partie de son enfance, Nicolas Musin incarne cet échange d’influences. Qui sont pour lui aussi rafraîchissants que nécessaires. «En danse classique et contemporaine, on intellectualise trop, on ne transpire plus assez. Les danseurs urbains, eux, ne pensent pas: ils sentent. Et nous apportent cet instinct primaire, cette liberté qu’on a perdus».

Fougue londonienne

Pour compléter sa troupe de talents romands, Nicolas Musin s’est envolé auditionner de jeunes danseurs post-hip hop dans la capitale anglaise. Ils sont fougueux, flamboyants mais aussi bien plus habitués aux plateaux télé, sur lesquels ils performent en arrière-plan, qu’aux scènes de théâtre. Depuis plusieurs semaines, Nicolas Musin travaille avec eux pour trouver un vocabulaire commun.

«J’apporte la dimension plus structurée, tandis qu’eux apprennent à devenir de véritables interprètes». C’est le cas de Georgia Curtis, crinière folle et peur de rien, qui tient le rôle principal de la création. «Ce qui m’a plu dans ce projet, c’est que l’on m’a proposé une plateforme pour m’exprimer. Nicolas et moi cherchons le même rendu: quelque chose de cru, qui vient du coeur et de l’estomac».

L’histoire que file le spectacle est d’ailleurs un peu la sienne: celle de la rencontre entre une femme urbaine et un homme costume-cravate vivant dans un monde de traditions. «Un enchaînement de tableaux d’errance, parfois de séparation, entre violence et douceur», raconte Nicolas Musin.

Mapping et acrobaties

Pour rendre cette ode à la rue encore plus colorée, le béton du skatepark sera inondé d’images. Philipp Contag-Lada, artiste en arts médias venu d’Allemagne, prépare cet exercice délicat de mapping depuis plusieurs mois. «Le challenge est de projeter sur les pentes raides et dans les cavités du skatepark. Une demi-douzaine de projecteurs seront nécessaires afin que chaque centimètre carré soit couvert par la vidéo».

Les danseurs londoniens, qui n’ont encore vu le skatepark que de loin, ne semblent quant à eux pas redouter les aspérités du «bowl». Qu’ils dompteront et… survoleront, munis de harnais, pour quelques agiles acrobaties.

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