La capuche a de l'or. Les lunettes de plastique rouge. Déjà accroupi dans l'histoire. Comment raconter une odyssée dont on ne connaît pas l'issue? Robert Roccobelly, c'est Homère et Ulysse. Le griot et son king. Rappeur bonimenteur qui découd sur la scène blanche, entre les murs blancs du Grütli, l'épopée du hip-hop. Reprise de spectacle, dans un sound-system jamaïcain, une artère incendiée du Bronx, les bateaux coulés de Marcus Garvey. Rap Titan, ce théâtre de généalogie rimée, où l'acteur Roberto Garieri, avec DJ Eagle, reprend le cours du rap là où il a commencé.

Ce n'est pas une conférence, mais il y a du savoir. Roccobelly est allé puiser dans les livres, notamment celui de Jeff Chang, où il est conté menu le cataclysme urbain à New York dans les années 70. Ce n'est pas un concert, mais il y a de la musique, beaucoup, fort - on distribue des bouchons à l'entrée; magnifique fresque sonore, tournicotée par un DJ qui part de Kingston pour arriver à la boîte à rythmes. Roccobelly donne des textes bien peignés, roués, il fait le beau, le maquereau, le gangsta, le flic voyou et l'urbaniste dévoyé. Ce n'est pas un karaoké non plus. Et pourtant, après une heure de pièce, certains spectateurs prennent le micro. Parce que le rap est né de ce désir d'alternance entre celui qui parle et celui qui écoute.

Derrière les deux comédiens, le rideau tiré reprend la trinité du hip-hop. Afrika Bambaataa, Kool Herc et Grand Master Flash (bientôt en concert à Lausanne). Trois fondateurs, il y a trente ans, alors que leur nom même a déserté la mémoire de ceux qui balancent le crâne sur 50 Cent. Replacer des noms dans une esthétique. Hasarder un panthéon. Roccobelly n'est pas si drôle que cela. Il fait mission de poétique publique. A replacer le rap dans le récit cosmique.

Rap Titan. Jusqu'au 3 décembre. Théâtre du Grütli, Genève. http://www.grutli.ch.1h 15.