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«Hippocrate», la meilleure série médicale depuis «Urgences»

Le réalisateur Thomas Lilti adapte son film en une série, avec notamment Louise Bourgoin, que Canal+ dévoile ce lundi soir. Les défis et les doutes de médecins assistants qui se retrouvent aux commandes de leur service. L’équipe raconte

Il regardait Urgences pendant ses études de médecine. Thomas Lilti, ancien médecin qui a réalisé le film Hippocrate en 2014, décline à présent cette histoire médicale dans une série que Canal + dévoile lundi 26 novembre. Et l’auteur-réalisateur assume la filiation: «Urgence est une référence, même si nous ne sommes pas dans le même univers.»

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Vedette du quatuor d’acteurs au centre de l’histoire, Louise Bourgoin raconte: «Pendant la préparation, Thomas nous a montré des extraits d’Urgences, bout à bout, et nous disait ce qui marchait et ce qui ne marchait pas. Nous étions frappés par le côté apprêté des personnages, ces femmes brushées impeccablement…»

La série: les défis de quatre internes

Hippocrate, la série, commence comme le film, sauf que le premier protagoniste est une femme: Alyson (Alice Belaïdi), qui entame son premier stage comme interne, c’est-à-dire médecin assistant. Elle sera prise par le doute, d’autant que les circonstances sont particulières: les médecins titulaires d'un hôpital de banlieue française sont tous placés en quarantaine en raison d’un virus indéterminé rapporté par un malade. C’est peu banal, et déstabilisant: les médecins assistants se retrouvent à devoir gérer le service. Leur aînée, Chloé (Louise Bourgoin), prend les choses en main, mais l’ampleur de la tâche se révèle considérable. Pour dépanner, Arben (Karim Leklou), un légiste venu d’Albanie, se lance dans le monde des vivants. Zacharie (Hugo Wagner), lui, commence aussi son premier stage avec un atout (relatif): il est le fils de la cheffe de réanimation.

Les tensions entre services

C’est précisément avec la réanimation que les relations vont se tendre. En ces temps de coupes budgétaires et d’heures sup qui explosent, les services en arrivent à se chamailler, s’envoyant des patients au motif que l’équipe d’à côté a encore quelques places de libre, fût-ce dans les couloirs.

Hippocrate, la série, démarre sur un postulat «plus romanesque que le film», note Thomas Lilti: «C’est que je voulais essayer le mélange de drames et de situations plus décalées.»

Une expérience en matière de séries médicales

Pour ce faire, il a fallu convaincre les bailleurs de fonds, à commencer par Canal+. Pas facile, dans un paysage audiovisuel français où les séries médicales n’ont jamais dépassé les stades de la bluette ou de la parodie. Responsable de la fiction au sein de la chaîne payante, Fabrice de la Patellière explique: «Jusqu’ici, le médical, c’était sur des chaînes gratuites, grâce à de nombreux achats de séries américaines. Nous voulons explorer des univers plus originaux, pensez à Maison close ou l’espionnage dans Le Bureau des légendes. Même la fiction en costumes (Versailles) a été une nouveauté pour nous. Face au genre médical, nous avons longtemps été intimidés.»

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Le succès du film dans les salles a aidé à se motiver. Et le responsable ajoute: «Nous voulons avoir des séries qui, derrière une histoire forte, racontent le monde dans lequel on vit. Nous avons aussi été frappés par la jeunesse des personnages.»

Toujours du côté des soignants

Ce quatuor de débutants, donc, qui se démène tant bien que mal. Thomas Lilti détaille: «C’est l’histoire d’un groupe, quatre personnages confrontés à des situations extraordinaires que nous allons suivre de manière égale. Nous ne sommes jamais du point de vue des patients, nous restons clairement du côté des soignants. La médecine, ce n’est pas seulement donner quelque chose à un malade. Il y a un échange. Si vous connaissez des médecins dans votre entourage, vous constatez par exemple à quel point ils ont de la peine à partir à la retraite. J’imagine une sorte d’addiction à la médecine, c’est le cas de Chloé, elle est ainsi.» En cachant un secret personnel.

L’auteur n’aime pas trop le terme de «chronique» qu’on lui propose. «Ce n’est pas une chronique, il y a plusieurs fils tendus au long de la saison. Et plusieurs cas médicaux réglés dans chaque épisode.» Il estime que le format de la série permet de mieux mêler les moments romancés et l’aspect social: «Dans un film, la dimension sociale, politique, doit être portée par un personnage, de manière très visible, sinon on risque de la rater. Dans une série, on peut être moins volontariste, procéder par immersion, par touches.»

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En compagnie de vrais patients

Le tournage a eu lieu dans un studio, mais non loin d’un hôpital, et certains personnages (comme la dame au dentier qui a 100 ans) sont interprétés par de vrais patients, et des soignants veillaient au grain. Hugo Wagner note que ces derniers «nous rassuraient, surtout à propos de la précision et de la brutalité des gestes. Au début, on veut toujours être trop délicat.» S’agissant de soucis bien concrets, Louise Bourgoin renchérit: «L’un des principaux problèmes venait des noms des médicaments. Il faut les prononcer comme si on le faisait depuis cinq ans…»

Le tournage a marqué les acteurs

A les en croire, le tournage a marqué les acteurs. Alice Belaïdi indique que les intrigues à l’hôpital suscitent «une intensité permanente. On ne peut pas se dire que cette fois, on fera une scène un peu moins fortement…» Excellent dans le rôle du légiste qui remonte à la surface, Karim Leklou relève que «cette manière de filmer toujours au plus près des personnages ne laisse pas indemne. Mon rapport à mon corps a changé.» Et pour Louise Bourgoin, «on ne m’avait jamais proposé un rôle aussi varié, et aussi peu axé sur le féminin. Chloé pourrait être un homme.»

Urgences, qui avait révélé George Clooney, ne manquait pas de doses de glamour hollywoodien. Elle a néanmoins refondé le genre, par son réalisme au long de ces journées des soignants. Vingt ans plus tard, du terreau français, Hippocrate arrive avec une nouvelle énergie et une grande perspicacité. On peut tiquer sur le caractère assez énorme de l’élément déclencheur, la quarantaine des tutélaires. Cependant, cet artifice permet de mieux révéler les diverses tensions qui agitent l’hôpital – cette «arène», selon Thomas Lilti. Il lance: «Je suis assez convaincu que le personnel soignant va se reconnaître, ou au moins ne va pas se sentir trahi.» Réponse ce lundi.

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