L’auteur, Jihad Darwiche, est né au Liban, où il a été bercé de récits traditionnels pendant toute son enfance. Arrivé en France, après une période dans l’enseignement, il devient conteur professionnel. Il a choisi pour ces Contes d’Orient dix histoires pleines de malice et de bon sens, brèves et percutantes, puisqu’elles tiennent sur une ou deux pages. Le lecteur a pourtant le sentiment d’une narration plus vaste, tant la «mise en scène» des images qui accompagnent chaque texte est soignée, théâtrale, suggestive.

Théâtre d’ombres et chambre d’échos

Un vieil homme plante un palmier dattier et récolte trois bourses d’or, une souris et un lion signent un pacte d’entraide, un riche marchand cherche à berner un bûcheron mais trouve plus rusé que lui: autant de récits introduits par un proverbe arabe, ou persan, ou kurde, en regard duquel Catherine Louis propose une sorte de théâtre d’ombres, par le jeu de découpes au laser noires posées, sans être collées, sur des fonds vivement colorés. Le résultat est somptueux, vibratoire, et offre comme une chambre d’échos aux textes qu’accompagnent ensuite d’autres silhouettes sombres.

Avec son écriture ciselée et son raffinement iconographique rare, cet ouvrage cumule les qualités.


C’est en quelque sorte la version pour enfants du best-seller de Laetitia Colombani, La tresse, beau récit qui nouait les vies de trois femmes. Ici, seule la destinée de Lalita et de sa mère Smita est contée, mais une double page finale suggère les autres histoires, trace le fil qui les unit.

Smita est une intouchable. Son travail consiste à nettoyer les trous qui servent de toilettes aux fermiers. Mais elle veut un autre avenir pour sa fille, et pour cela Lalita doit aller à l’école, chose interdite à sa caste.

Dire le long chemin vers un futur différent

Cet album, qui montre la terrifiante condition des intouchables, dit le long chemin vers un futur différent, le rêve et la bataille d’une mère pour sa fille. Il montre le poids de la société, des ostracismes séculaires, mais aussi que des gens se battent pour que cela change.

Les images chatoyantes de Clémence Pollet, tout comme la tendresse d’une mère, rendent le périple lumineux et allègent les épreuves. Laetitia Colombani dénonce, alerte, et le fait en racontant tout simplement une belle histoire, ce qui est moins simple qu’il n’y paraît.


Jihad Darwiche, illustr. de Catherine Louis, «Contes d’Orient», Editions Saltimbanque. Dès 6 ans.

Laetitia Colombani, illustr. de Clémence Pollet, «La tresse ou le voyage de Lalita», Grasset Jeunesse. Dès 7 ans.