Un radeau parcourt les eaux. Une poupée rame. Elle est debout, en short, chemise et foulard. Elle vient de sauver une vie, celle d’une deuxième poupée ­assise derrière elle. Tirée des Histoires d’Amadou, cette image a marqué toute une génération d’adolescents dans les années 50.

Aujourd’hui, l’aventure renaît. Fruit d’une collaboration entre le Centre de recherches sur les lettres romandes de l’Université de Lausanne, l’Institut suisse jeunesse et médias et l’Association des amis de Suzi Pilet, l’exposition Amadou l’audacieux retrace une histoire littéraire et éditoriale hors du commun. A l’Espace Arlaud, à Lausanne, des panneaux dévoilent les premières épreuves des ouvrages, la réception dans la presse et le montage des photographies. Dans la seconde salle, des installations pyramidales permettent de s’asseoir et de lire les livres à disposition. Contre le mur, un rideau de projection. La photographe et cocréatrice des Histoires d’Amadou, Suzi Pilet, raconte l’histoire du projet.

Les Histoires d’Amadou voit le jour dans les années 50 avec L’Opinel, premier des sept albums. La démarche d’Alexis Peiry et de Suzi Pilet est simple: photographier une marionnette trouvée dans un magasin d’artisanat et raconter ses aventures.

Et pour le fond? Plus compliqué. Daniel Maggetti, directeur du Centre de recherches sur les lettres romandes de l’Université de Lausanne et collaborateur de l’exposition: « Les Histoires d’Amadou confond réalité et irréalité. La marionnette déréalise tandis que les décors, eux, réalisent.» Il ajoute: «L’histoire mêle des thèmes de l’enfance, telle l’incompréhension des adultes, à des sujets très profonds, comme la solitude ou la perte de l’être cher.» Cette ambivalence expliquerait la réussite de la collection. Mais le professeur nuance: «Le triomphe n’a pas duré. Les livres ont très bien fonctionné jusqu’à la parution du dernier volume. Puis, plus rien.»

Une longue absence

Dès les années 70, Amadou a totalement disparu du marché du livre. Le commissaire de l’exposition, Sylvain Frei, explique ce silence par la mort d’Alexis Peiry en 1968. Ayant édité lui-même les ouvrages – il fonde avec la photographe Suzi Pilet les Editions du Cerf-Volant en 1951 –, il payait tous les frais d’édition. L’aventure se termine donc pour des raisons financières. Daniel Maggetti le regrette: «Amadou permet aux jeunes de s’identifier, c’est un modèle d’apprentissage et de dépassement.»

Une bonne nouvelle toutefois: le catalogue de l’exposition a récemment été publié aux Editions Infolio. Et trois ouvrages des Histoires d’Amadou seront réédités en 2014.

Amadou l’audacieux, Espace Arlaud, Lausanne, jusqu’au 21 juillet 2013, catalogue aux Editions Infolio. Rens. www.associationsuzipilet.ch